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 ▪ | save me from the nothing i've become. (pierce + margot)

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PILULES AVALÉES : 86
MIROIR : Emmy Rossum
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CRÉDITS : avengedinchains
A DÉBARQUÉ LE : 02/10/2017
I have dreamt of a place for you and I; no one knows who we are there. All I want is to give my life only to you. I've dreamt so long. I cannot dream anymore. Let's run away, I'll take you there...
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MessageSujet: ▪ | save me from the nothing i've become. (pierce + margot)   Ven 6 Oct - 23:53

« Should it hurt to love you? Should I feel like I do? Should I lock the last open door? My ghosts are gaining on me... » (Evanescence → All That I'm living For)Save me from the nothing I've become. Pierce & Margot●●● « Extinction des feux ! » hurla la voix résonnante et tonitruante d'un gardien depuis le couloir de la section des femmes. A Ostrov, il était impératif de respecter l'heure du couvre-feu sous peine de graves sanctions et de répressions. Une fois l'annonce générale faite, toutes les chambres ainsi que le couloir ne tardèrent pas à être plongés dans l'obscurité la plus totale ; seul un point rouge lumineux, une sorte de gyrophare, éclairait partiellement chacune des chambres. Il se mettait à clignoter à vive allure lorsqu'une urgence se déclarait. Les portes des chambres étaient toutes munies d'un petit hublot vitré. On pouvait donc savoir quand quelqu'un se promenait dans les couloirs, car le détecteur de mouvement se mettait en marche et rallumait la lumière l'espace d'un court instant, faisant grésiller certains néons vieillissants.

Prostrée à genoux devant son lit les mains jointes, Margot fut interrompue abruptement dans sa prière du soir. Elle se mit donc à chuchoter rapidement les derniers mots qu'elle voulait prononcer avant de se signer et de regarder par la fenêtre les quelques étoiles qui scintillaient dans la nuit noire. Encore une sale nuit qui s'annonce, se dit-elle. Elle détestait le moment du coucher. Il fallait en passer par là, mais elle le redoutait et se sentait déjà angoissée. Non pas à cause de la discipline militaire qui régnait à Ostrov Island, mais parce qu'elle savait ce qui l'attendait si elle daignait fermer les yeux, ne serait-ce que cinq minutes. Pour le commun des mortels, aller s'allonger et dormir signifiait se reposer, faire la paix avec soi-même et reprendre des forces. Pour Margot, c'était tout l'inverse. La nuit, elle vivait un véritable enfer, ressassant sans cesse les mêmes choses, les mêmes épisodes de son passé. Pourtant, elle estimait faire de son mieux pour essayer de passer des nuits paisibles : elle respectait scrupuleusement son traitement et prenait très sérieusement les doses de somnifère que son frère, le docteur Pierce Dobson, lui prescrivait. On en était à cinq comprimés avant d'aller se coucher avec un grand verre d'eau, et aucune amélioration. Assommée par les médicaments, Margot ressemblait à un zombie et était constamment crevée, qu'il fasse jour ou non. Néanmoins, cela ne l'empêchait pas d'avoir des nuits mouvementées, voire même de faire des nuits blanches.

Margot prit une profonde inspiration avant de se décider à poser la tête sur son oreiller et à remonter la couverture sur elle. Dans la pénombre, ses yeux bougeaient partout regardant tantôt le plafond, tantôt le mur d'en face, tantôt la porte. Du fait de se retrouver dans le silence, une de ses oreilles se mit soudainement à siffler. Le bruit disparut rapidement, mais signalait de façon sonore qu'elle avait un fort coup de fatigue. Elle allait s'endormir, c'était inévitable. Elle le sentait. L'être humain ne pouvait pas accumuler autant de fatigue sans physiquement sombrer à un moment donné. Seulement, elle redoutait l'instant où elle basculerait dans le sommeil profond. Comment empêcher les fantômes de son passé de la hanter ainsi tous les soirs ? Comment faire pour qu'ils cessent de prendre le dessus sur elle et sur sa vie ? Y aurait-il une fin à tout cela, un jour ? Cela faisait des mois et des mois maintenant que cela durait. Margot n'y croyait plus. Elle ne croyait plus en rien. Elle s'en remettait uniquement à Dieu et aux compétences de son frère. Il était le seul à pouvoir la comprendre en ce bas monde. Il était le seul à pouvoir la sauver...

Once Upon a Nightmare: Margot finit par s'endormir à force de penser à tout et à rien. Son inconscient la plongea bientôt dans un paysage en ruine, sablonneux et poussiéreux. Il y avait des bâtiments détruits tout autour d'elle ; un soleil de plomb ; des bruits de mitraillettes, d'explosions et d'éclats d'obus ; des femmes voilées apeurées qui tenaient leurs enfants dans leurs bras. Elles courraient pour tenter d'échapper au massacre, mais les rebelles cagoulés terrorisaient la population. Un décor apocalyptique qu'elle a très bien connu en vrai : la guerre en Syrie. Margot se trouvait au beau milieu de cette scène de violence sans précédent et assistait impuissante au carnage. Une syrienne vint à sa rencontre avec solennité et lui confia un tout jeune garçon ensanglanté. Une fois qu'elle l'eut déposé dans les bras de Margot, elle lui demanda très calmement de faire quelque chose pour le sauver. Margot acquiesça rapidement avant de tourner la tête et d'apercevoir au loin dans un nuage de poussière la silhouette du camp où elle avait l'habitude de soigner les grands blessés. Chargée du poids de l'enfant, elle courut à en perdre haleine, mais il semblait que le camp s'éloignait à mesure qu'elle avançait tant le chemin lui paraissait interminable. La chaleur écrasante la faisait suffoquer, et dans une sorte d'hallucination, il lui semblait entendre un air de piano qu'elle jouait très régulièrement quand elle était plus jeune. Elle parvint malgré tout à atteindre le camp. Elle jeta un œil à l'enfant dans ses bras et fut surprise de découvrir qu'elle tenait désormais un nourrisson sans vie. C'était le bébé qu'elle aurait dû avoir, un joli garçon. Sous le choc, Margot releva la tête et vit sortir de la tente le médecin urgentiste dont elle était tombé amoureuse pendant ses études d'infirmière, son petit ami et père de ce bébé inerte. Il saignait abondamment au niveau de la gorge. Une longue trainée de sang coulait sur sa blouse. Il en avait également sur les mains et sur son visage. « Tout va bien, ma chérie, ne t'en fais pas », lui dit-il sur un ton se voulant rassurant. Margot voulait répondre, mais les mots restaient coincés. Elle le voyait bien que cela n'allait pas du tout. Il avait été visiblement égorgé d'un coup de couteau sec. Il marcha lentement vers elle et lui prit délicatement le bébé des mains. « Margot, tu dois nous laisser partir. Tous les deux », poursuivit-il. Margot secoua la tête. Non, elle ne pouvait pas. Elle n'y arrivait pas. C'était trop dur. Mais le médecin s'éloigna d'elle et retourna près du campement qui prit soudainement feu et emporta tout sur son passage. Margot se mit alors à hurler de toute son âme...

Once Upon a Reality: Le cri de douleur de Margot transperça la tranquillité de la nuit et alerta les gardiens d'astreinte qui se précipitèrent jusqu'à sa chambre. Ils retrouvèrent la jeune femme en pleurs et en pleine crise d'anxiété. Ils tentèrent d'abord de la maîtriser par la force, mais Margot continuait de pousser des hurlements stridents tout en se tenant très fort la tête entre les mains. Elle pensait effectivement que son crane allait littéralement exploser si on ne faisait pas quelque chose pour l'aider. Elle était en totale perte de contrôle sur elle-même. Cependant, malgré son immense désespoir et sa souffrance mentale intense, elle réussit à agripper la manche d'un des gardiens et dans un ultime effort ne quémanda qu'une seule chose :

« S'il vous plaît, laissez-moi parler au docteur Dobson, je vous en prie... »

Dans ces moments-là, elle n'avait besoin de personne d'autre que lui. C'était vital. Il fallait qu'elle le voie maintenant sans plus attendre...

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MessageSujet: Re: ▪ | save me from the nothing i've become. (pierce + margot)   Mar 17 Oct - 18:51

save me from the nothing I've become
However far you feel from here you'are not alone. I will always be waiting, and I will always be watching you. Speak to me.
Le corps est endormi dans les draps trop froids, dans ce lit trop grand.Un sourire se peint sur les lèvres et l’esprit, lui, est déjà très loin. Rêve exquis.  Douce illusion. Enivrante supercherie dans laquelle je me plonge bien volontiers. Les songes sont libérateurs, ils demeurent le seul endroit où tout devient possible. Ils demeurent le seul endroit où je peux l’aimer, où elle peut m’aimer, où le fantasme prend la couleur d’une réalité absolument divine à goûter, à savourer.

Je me tiens dans l’encadrement de la porte de la cuisine et j’observe sa silhouette alors qu’elle est dos à moi, alors que ses mains s’activent pour préparer le dîner. Les prunelles sont omnubilées par les courbes de Margot. Rien que la voir là et mon cœur s’emballe. L’instant est savouré avant que je ne m’avance doucement vers elle, d’un pas silencieux. A la lueur de la lumière extérieure qui traverse les rideaux de la cuisine, ses cheveux prennent une couleur plus chaude, plus douce et l’envie d’y glisser mon visage pour en respirer le parfum se fait de plus en plus pressante. Lorsque j’arrive enfin derrière elle, je ne glisse d’abord pas mes mains sur sa taille, me contente de me placer juste derrière elle mais à peine me suis-je arrêté qu’elle arrête ce qu’elle est en train de faire, sentant ma présence derrière elle. Je me penche juste assez pour pouvoir glisser mon visage dans ses cheveux, je prends une profonde inspiration pour respirer son parfum et je vois ses épaules se soulever sous l’impulsion du frisson provoqué par mon attitude. Un sourire sur mes lèvres alors que je glisse doucement mes mains sur ses épaules, le long de ses bras puis sur sa taille que mes bras viennent entourer alors que je glisse mon visage dans son cou qu’elle m’offre bien volontiers. Mes yeux se ferment, mes lèvres se laissent aller à un long baiser sur sa peau et le frisson est mien quand je sens sa main glisser dans mes boucles brunes. Un autre baiser dans son cou, et ses soupirs éveillent davantage le désir. Le feu s’anime, le brasier prend forme et je rouvre les yeux, redresse mon visage juste assez pour avoir l’espace nécessaire afin de la faire se retourner. Le temps s’arrête quand elle plonge son regard dans le mien, quand ses doigts délicats viennent déboutonner ma chemise et je la laisse faire en la couvant du regard. Le contact visuel n’est rompu que lorsqu’elle abaisse son visage pour venir déposer ses lèvres sur mon torse. La tête qui se penche en arrière, le souffle qui s’accélère, les mains qui glissent dans ses boucles à elle et qui ramènent soudainement et subitement son visage au mien pour cueillir ses lèvres afin de les faire miennes.

Afin de la faire mienne. Elle.
 
Son corps se presse contre le mien et il suffit d’une seconde pour que nos bêtes soient réveillées et prêtes à en découdre. Il ne suffit que d’une seconde pour que nous basculions. Elle. Moi. Nous. Mes mains la soulèvent sans ménagement pour l’asseoir sur le plan de travail envoyant valser au sol ce qu’elle avait commencé à se préparer. Les lèvres se touchent, les souffles se mélangent, les mains touchent, pressent avec vigueur, poussées par le désir, par l’urgence avec laquelle nous voulons nous trouver, nous mélanger. Ses mains s’activent pour retirer ma ceinture, mes mains s’activent pour soulever sa jupe.

Le réveil est aussi brutal que les coups frappés à la porte de ma chambre. Je bondis dans mon lit, perdus pendant quelques secondes, encore accroché au rêve qui s'est invité dans mon esprit ce soir. Et durant ces quelques secondes on cogne encore à ma porte avec force, on appelle mon nom, et l'exaspération s'empare très rapidement de mon être lorsque je termine de reprendre pieds avec la réalité.

« Oui, oui ! » je dis avec force en me redressant, récupérant au passage un t-shirt blanc que j'enfile avant de m'approcher de la porte de ma chambre pour l'ouvrir, et me retrouver face à un garde. J'en déduis automatiquement qu'il doit y avoir un problème avec un de mes patients. Pas Margot...

« Votre sœur est en pleine crise, elle vous réclame. »

Margot. L'inquiétude s'impose mélangée à de l'incompréhension : comment Diable peut-elle être en pleine crise alors qu'elle a une dose assez conséquente de somnifères ? Comment ?

« Est-ce qu'elle a pris ses médicaments ?
- J'en sais rien moi.
- Pardon ? »

La colère s'associe à l'inquiétude alors que nous nous avançons très rapidement dans le couloir. Je suis pieds nus, n'ai même pas cherché à mettre la moindre paire de chaussettes ou des chaussures : pas le temps.

« Je gère pas ça moi ! Vous avez qu'à demander à une infirmière !
- Qui s'est occupé de la prise des traitements ce soir ?
- J'en sais rien !
- Vous ne savez rien en fait. » je siffle entre mes dents alors que j'arrive enfin devant la chambre de Margot. Un autre garde est dans le couloir et quand il me voit arriver, il se positionne devant la porte entrouverte. Je serre le poings, le fixe, le toise, le fusille du regard. « Visiblement elle me réclame. Vous pouvez partir. Tous les deux. » je dis en adressant un bref regard à l'autre garde. « Maintenant ! » Et qu'ils osent ne serait-ce que tenter d'aller contre ma volonté. Ils échangent un regard puis terminent par s'éloigner et je n'attends pas. Je pénètre à l'intérieur de la chambre avant de refermer la porte derrière moi. Je me fige lorsque la scène terrible s'impose à moi. Je me fige lorsque je la vois, au sol, adossée contre le mur, prostrée, genoux repliés contre elle-même, en larmes. Elle est bien loin l'image idyllique de mon rêve. Si loin... Et comme je voudrais pouvoir l'arracher à l'horreur. Comme je voudrais pouvoir lui apporter autant de douceur et de tendresse que je l'ai fait dans mon rêve. Je ne peux malheureusement qu'un peu. Juste un peu... Le cœur serré, le regard rempli de douleur mais d'amour aussi, je m'approche d'elle.

« Margot... » je souffle tout bas en me mettant à genoux face à elle. Mes mains viennent trouver les siennes qu'elle plaque avec force contre son crâne. Je la force à faire lâcher. Je la force à venir chercher mon regard. « Margot. » je répète une seconde fois avec plus de fermeté pour qu'elle parvienne enfin à se détacher de sa torpeur et poser son regard noyé de larmes dans le mien. Des larmes qui redoublent quand elle me voit. Des larmes qui me tordent les entrailles et le cœur. Et mes mains viennent chercher sa nuque pour la rapprocher de moi. « Du calme, je suis là. » Je m'assois par terre et la blottis contre moi, apposant ma joue contre sa tête, respirant bien malgré moi l'odeur de ses cheveux. Instinctif. Primitif. Incontrôlable. L'odeur me ramène à mon rêve, réveille mes sens, réveille le désir mais je parviens à ne pas perdre pieds, je parviens à rester ancré dans la réalité. La sienne qui la déchire. « Parle-moi. Dis-moi ce qui s'est passé. »

Parler pour me faire comprendre. Parler pour la faire évacuer. Si seulement je pouvais totalement la soulager de ce poids qui l'oppresse au quotidien. Si seulement je pouvais l'aimer pour lui faire oublier.

Si seulement...
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MessageSujet: Re: ▪ | save me from the nothing i've become. (pierce + margot)   Lun 23 Oct - 0:26

« Should it hurt to love you? Should I feel like I do? Should I lock the last open door? My ghosts are gaining on me... » (Evanescence → All That I'm living For)Save me from the nothing I've become. Pierce & Margot●●● Bien que Margot se trouvât dans la plus grande tourmente et visiblement en pleine détresse psychologique, les gardiens ne furent pas très réactifs sur le moment : ce petit tracas valait-il vraiment la peine d'aller déranger un médecin en pleine nuit ? On était à Ostrov ici. Le bien-être des patients ainsi que leur dignité n'étaient pas vraiment des priorités majeures ; céder aux caprices des uns et des autres faisait encore moins partie de la politique de l'établissement. En réalité, Margot aurait très bien pu être châtiée sans aucune pitié pour avoir fait appel de la sorte. Elle avait en effet crée un désordre dans toute cette rigidité et cette autorité. Et puis, de toute façon, les patients étaient souvent punis à tout bout de champs même pour des faits sans gravité. Ils étaient tous plus ou moins considérés comme des moins que rien, des sous-hommes et des sous-femmes, des laissés pour contre dans ce monde où la norme dicte sa loi. Il arrivait même que certains membres du personnel se défoulent sans aucune gêne sur les fous d'Ostrov -- ou plutôt sur les "dérangés mentaux", l'étiquette plus convenable et politiquement correcte utilisée pour désigner cette minorité -- devenant ainsi leurs souffre-douleurs.

Toujours est-il que le doute plana quelques secondes dans la petite chambre sombre avant qu'un des deux gardiens ne se résigne finalement à prendre une décision concernant le cas de Margot et à agir en conséquence. Elle avait formulé sa demande de façon très clémente et sans débordement. Elle méritait donc qu'on daigne accéder à sa requête. Toutefois, que Margot ait été convaincante ou non, le gardien disparut rapidement dans le couloir pour aller chercher le docteur Dobson, laissant l'autre gardien sur le pas de la porte restée entrouverte.

En attendant que son frère et psychiatre référent n'arrive, Margot eut beaucoup de difficultés à rester en place. Elle trouva finalement un semblant de réconfort dans un coin étriqué de sa chambre, par terre. Adossée contre le mur froid et rugueux, crispée et renfermée sur elle-même, les genoux repliés, Margot continuait de pleurer sans relâche, mais ses sanglots étaient désormais moins forts et étaient atténués par le fait qu'elle avait la tête complètement baissée. Ses yeux étaient gonflés et tellement rouges à la fois à cause de la fatigue et du chagrin qu'on en voyait pratiquement plus le blanc. En somme, avec sa chemise de nuit terne fournie par l'hôpital et les cheveux en bataille, Margot faisait réellement peine à voir. Pourtant, il fut un temps où elle ne renvoyait pas une image aussi triste et aussi fade d'elle-même.

Avant, Margot était le genre de femme à faire retourner les hommes, les femmes et même les enfants sur son passage. Elle était pétillante, souriante, belle, attirante, charmeuse, séductrice, voire même un brin sexy. Une femme, une vraie femme : accomplie et qui s'assume. Quand elle marchait dans les rues, c'était toujours la tête haute, le pas toujours assuré, le regard toujours déterminé. Elle soignait son apparence, sa silhouette svelte et savait se mettre en valeur et être féminine quand l'occasion s'y prêtait. Cette Margot-là était si loin maintenant... Elle ne faisait plus partie d'elle. Elle avait fait son temps. Cette Margot-là avait tenté à une époque de voler de ses propres ailes, construire quelque chose, fonder une famille et avait tout bonnement échoué à cause de circonstances indépendantes de sa volonté.

Aujourd'hui, la Margot dépressive avait pris le dessus et ne se souciait plus autant de son physique. Après tout, à qui aurait-elle envie de plaire ici ? Pour qui ferait-elle un effort ? Elle n'en éprouvait actuellement ni le désir, ni le besoin. Pour que la Margot d'autrefois ressuscite en elle, il fallait qu'elle retrouve goût à la vie et qu'elle se sente de nouveau femme. Or, tout ce qu'elle souhaitait à cet instant, c'était précisément de devenir amnésique ; oublier une bonne fois pour toutes tous ces souvenirs qui lui pourrissaient la tête et ces maudits cauchemars qui distordaient ces épisodes douloureux de sa vie... C'était comme si son cerveau se jouait d'elle et lui faisait revivre ces scènes choquantes en boucle juste pour le plaisir de la voir souffrir... Margot était ni plus ni moins un disque abîmé et rayé qui saccadait et répétait inlassablement le même air de musique avec les mêmes notes, les mêmes tonalités...

Toujours recroquevillée dans son coin, la tête dans les genoux, Margot était dans le prolongement de son rêve. Assaillie d'images et de voix qu'elle tentait de chasser de son esprit, elle se tenait vigoureusement le crâne tout en poussant des gémissements de temps à autre. Elle ne vit même pas Pierce entrer. Cependant, elle savait qu'il était là, à quelques mètres d'elle... Elle l'entendit refermer la lourde porte de sa chambre derrière lui et s'approcher lentement. Il se mit au niveau du sol en s'agenouillant devant elle et vint délicatement poser ses mains sur les siennes qui étaient complètement crispées. Pierce prononça son prénom dans un murmure et insista pour qu'elle lâche, mais Margot persistait à compresser sa tête comme dans un étau... La morphine. Il lui fallait de la morphine. Cela s'avérait être le seul remède dans son cas, mais son efficacité était très discutable. Cinq comprimés ne faisaient même plus l'affaire. Elle était juste foutue...

Pierce se montra plus ferme en l'appelant une seconde fois par son prénom. Une manière pour lui d'obtenir son attention et de capter enfin son regard larmoyant. En voyant son frère, Margot ne put s'empêcher de pleurer de plus belle. C'est alors qu'elle sentit la main de Pierce sur sa nuque. Il la rapprocha de lui tout en lui chuchotant doucement à l'oreille de sa voix apaisante « Du calme, je suis là ». Il se blottit tout contre Margot et apposa sa joue contre sa tête. Il n'y avait que dans le creux des bras de son frère que Margot retrouvait un tant soit peu la paix intérieure. Au plus profond d'elle-même, celle-ci rêvait secrètement d'un endroit sur terre où ils ne seraient que tous les deux, loin de toute cette frénésie. Un endroit rien que pour eux où personne ne saurait qui ils sont ; où personne ne pourrait les juger trop proches l'un de l'autre. Dans un monde parfait, elle n'aurait pas vécu tous ces chocs traumatisants et elle serait heureuse aux côtés de Pierce, comme du temps où ils vivaient ensemble dans leur appartement à Bristol... « Parle-moi. Dis-moi ce qui s'est passé », demanda gentiment son frère, ce qui ramena Margot à la réalité.

Très las et à bout de force, Margot appuya davantage sa tête sur l'épaule de Pierce et ferma les paupières, car ses yeux lui piquaient, et tout en essuyant d'un revers de main une de ses joues encore mouillées par les larmes, soupira « J'ai encore fait un mauvais rêve ». Elle n'avait pas besoin d'en dire davantage. Son frère connaissait par cœur les situations anxiogènes qu'elle endurait la nuit et les formes diverses et variées sous lesquelles se manifestait son trouble. Margot marqua une pause, le temps de rouvrir les yeux, avant de reprendre : « Oh Pierce... », dit-elle désespérément, le regard dans le vide, portant une nouvelle fois sa main sur le front pour frotter ses tempes dont les veines palpitaient nerveusement. Elle se détacha légèrement de l'étreinte de son frère et se tourna vers lui pour pouvoir le regarder dans les yeux. « Pierce », répéta-t-elle, mesurant toute l'importance et le sérieux de la question qu'elle allait lui poser : « Est-ce que tu m'aimes ? Je veux dire, m'aimes-tu vraiment ? » Elle avait insisté sur le dernier mot. Elle connaissait déjà la réponse, mais avait besoin de l'entendre de sa bouche, car les propos qu'elle allait lui tenir par la suite n'étaient pas à prendre à la légère. « Si tu m'aimes vraiment, achèves-moi. J'en peux plus... »

Elle lui demandait cela comme une faveur. Elle était persuadée que s'il l'aimait sincèrement, il le ferait pour elle, pour la délivrer du mal qui la rongeait de l'intérieur... Depuis quelques temps, des idées noires de ce genre, liées à son état dépressif, commençaient progressivement à faire leur chemin dans l'esprit malade de Margot. Tout portait à croire que les antidépresseurs que Pierce lui administrait ne lui convenaient plus ou que la dose n'était plus adaptée. Il lui arrivait en effet parfois d'éprouver le regret d'être toujours en vie à l'heure actuelle ; elle aurait dû mourir sous les balles des rebelles syriens. Si tel avait été le cas, elle n'en serait pas là aujourd'hui...

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MessageSujet: Re: ▪ | save me from the nothing i've become. (pierce + margot)   Mar 24 Oct - 20:28

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Les doigts qui caressent ses cheveux, un mouvement lent, apaisant, parce qu’il faut absolument que je l’apaise si je veux réussir à la faire parler, si je veux réussir à la faire se confier pour qu’elle se débarrasse du poids qui l’accable ce soir, tout le temps en fait. Le travail sera long, je le sais, j’en ai parfaitement conscience pour l’avoir vu sur d’autres patients parce qu’on ne se remet pas de tels traumatismes en quelques semaines ou quelques mois. Il lui faudra être patiente. Il lui faudra se battre avec force contre ses démons pour réussir à sortir la tête hors de l’eau et quand elle aura réussi, nous serons ensemble. Je sais que nous serons ensemble parce qu’elle sortira la tête de l’eau quand elle aura compris qu’il n’y a que moi. Qu’il n’y a qu’elle. Qu’il n’y a que nous. Embrasser ce que nous sommes réellement l’un pour l’autre, l’accepter sera libérateur pour elle comme pour moi. Elle, ses démons s’en iront au fil du temps parce qu’elle saura qu’elle peut m’aimer. Parce qu’elle se rendra compte qu’elle peut être heureuse. Et en attendant ce jour, en attendant ce merveilleux moment où tout ira pour le mieux pour nous, il va falloir que nous soyons forts, il va falloir que nous soyons obstinés, déterminés : résolus et impossibles à arrêter. J’entends son soupir et ferme les yeux : la lassitude est perceptible et je n’aime pas cela. Du tout. Elle m’avoue finalement dans un souffle qu’elle a encore fait un mauvais rêve. Le traumatisme est si puissant, si violent que les comprimés ne sont pas utiles. Si elle les a bien pris et la question me brûle les lèvres : oserait-elle se soustraire au traitement qui est censé l’aider ? Je n’ose y croire. Non. Elle a conscience qu’elle doit dormir. Elle a conscience que le repos est essentiel si elle veut pouvoir tenir le coup et continuer à se battre. Se battre… Une bataille qu’elle semble avoir du mal à mener et ça, je m’en rends réellement compte lorsque je perçois le désespoir dans sa voix quand elle prononce mon prénom, lorsque ses mains viennent encore frotter frénétiquement ses tempes. Et ce désespoir me transperce le cœur et l’âme. Autant que son regard lorsqu’elle se détache un peu de moi pour pouvoir me regarder. Ce que je vois dans ses prunelles me retourne les entrailles. La douleur. Le désespoir.

L’abandon.

Elle répète mon prénom une seconde fois et je la fixe droit dans les yeux, bien que ce contact visuel me fasse un mal de chien tant je ne supporte pas ce que j’y vois, ce que j’y perçois. A la question soudaie et surprenante, à cette question qu’elle répète une seconde en insistant, en rajoutant un mot, je fronce les sourcils avant de glisser ma main sur sa joue dans un geste tendre.

« Bien sûr que je t’aime… » que je murmure tout bas.

Si elle savait à quel point... Je l’aime oui. Vraiment. Plus que tout. Au point que j’ai l’envie soudaine de l’embrasser. Et mon corps esquisse un mouvement. Bref. Très bref. Et sans doute imperceptible pour elle. Mais je l’amorce. Et si c’était la clé ? Et si pour la libérer je devais tout lui avouer ? Mais voilà que Margot reprend la parole. Voilà que Margot prononce des mots qui me figent sur place dans une expression d’horreur. Je vois qu’elle est sérieuse. Elle ne pourrait pas l’être plus. Elle ne pourrait pas être plus claire quant à ce qu’elle désire et ce qu’elle désire ce n’est pas moi. Ce qu’elle désire, c’est que je mette fin à sa vie. Les images m’assaillent soudain avec violence. Ma mère. La baignoire remplie d’eau couleur carmin. Les lames de rasoir au sol. Le visage livide. Le corps froid. Et soudain, à la place de ma mère, Margot. Une grimace tord mes traits. Je lâche subitement Margot avant de me relever à la hâte pour aller me coller contre le mur, dos à elle, front posé contre le ciment froid, mains crispées, ongles qui arrachent quelques morceaux de peinture écaillée. Les larmes ? Impossible de les refouler. Parce que je suis hanté par ces images. Parce que Margot vient de me demander une chose absolument immonde. Il me faut de longues secondes pour réussir à calmer les battements frénétiques de mon cœur, à réprimer la nausée, à récupérer suffisamment de souffle pour pouvoir m’exprimer.

« Comment peux-tu me demander une chose pareille ? » je souffle finalement d’une voix tremblante, gardant résolument mon front posé contre le mur et mes yeux fermés. « Comment ? Alors que j’ai trouvé maman dans la baignoire… » Je déglutis. « Alors que j’ai tué papa pour te protéger… » Je serre les poings, rouvre les yeux et enfin, j’esquisse un mouvement pour reporter mon regard imbibé de larmes sur elle. « Alors que je mourrais sans toi… » j’ajoute plus bas.

Et ça me frappe. C’est soudain. C’est brutal. Peut-être qu’elle s’en contrefous. Peut-être que l’idée que je perde la vie ne la gêne pas plus que cela puisqu’elle est prête à me demander de moi, mettre fin à la sienne. Peut-être que je ne suis finalement pas si important que cela pour elle si elle est prête à mourir, à s’éloigner de moi pour toujours. Parce que si elle ira au Paradis, moi j’irai en Enfer à n’en pas douter. Et si finalement je ne compte pas plus que cela, mourir de me dérange pas. Parce que toute ma vie tourne autour de la sienne. Toute. Les secondes passent et je me ferme. Tout doucement, je me ferme. Oh les larmes persistent mais les traits se font plus durs.

« Soit… Si c'est ce que tu veux... » je murmure d’une voix froide avec laquelle je ne me suis jamais adressé à elle. Jamais. Et les mots vont avec le ton employé. « Faisons ça mais faisons-le maintenant. » j’ajoute en faisant un pas vers elle. « J’ai mon rasoir dans ma chambre. On va y aller pour récupérer la lame… » Un autre pas. « Puis on va aller dans les douches. On va faire couler de l’eau froide. » Un autre pas. Déjà je suis arrivé à sa hauteur. Je me baisse pour me retrouver à genoux face à elle et doucement, ma main vient se saisir de son poignet. Mes doigts retracent le chemin de ses veines alors que mon regard se perd sur sa peau, alors qu’un frisson me fait presque soupirer quand je la touche. « Et je vais t’ouvrir les veines. Comme maman a ouvert les siennes… » je dis d'un ton si doucereux qu'il en est écœurant avant de relever mon regard vers elle, mes doigts serrant à présent un peu plus fort son poignet. Je plante mes prunelles dans les siennes alors que mon regard se voile de nouvelles larmes. « Et après, j’ouvrirai les miennes parce que Margot, je te l’ai déjà dit… » j’ajoute avant qu’elle ne puisse m’interrompre. « Il n’y a pas de vie sans toi. Si tu meurs, il ne me reste rien. Alors… » Je viens glisser ma main libre sur sa joue, approche mon visage du sien. « Alors finissons-en puisque c’est ce que tu veux. Le temps qu’on nous trouve, nous nous serons vidés de notre sang. »

Ma poigne se referme encore plus sur son poignet et j’amorce un mouvement pour nous relever. Si c’est ce qu’elle veut… Mais juste avant la fin, je lui avouerai tout et je goûterai à ses lèvres.

Juste une fois.
Juste avant que tout soit terminé.

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MessageSujet: Re: ▪ | save me from the nothing i've become. (pierce + margot)   Mer 25 Oct - 16:02

« Should it hurt to love you? Should I feel like I do? Should I lock the last open door? My ghosts are gaining on me... » (Evanescence → All That I'm living For)Save me from the nothing I've become. Pierce & Margot●●● Achèves... moi. Parce que... J'en. Peux. Plus. Chacun de ces mots résonnaient dans la tête de Margot qui aurait presque pu les voir s'inscrire en grosses lettres sur les murs de sa modeste chambre. Margot avait anticipé la réponse de son frère au sujet de son amour sincère pour elle, mais elle n'avait pas songé aux conséquences que de telles paroles auraient sur lui. Elle était pourtant parfaitement consciente qu'elle lui demandait une chose effroyable, mais lorsque Pierce la lâcha brutalement pour aller se coller contre le mur tant la violence des mots de sa sœur l'avait percuté de plein fouet, Margot se sentit rejetée. Cela la rendit malheureuse et ses yeux se remplirent donc de nouveau de larmes. « Comment peux-tu me demander une chose pareille ? », finit-il par articuler.

La lèvre inférieure de Margot se mit à trembloter nerveusement. Elle se rendit compte alors qu'elle venait de le ramener des années en arrière quand il évoqua l'époque où il avait découvert leur mère gisant dans son propre sang dans la baignoire. Elle venait de raviver d'anciennes plaies qui n'avaient jamais cicatrisé et qui ne cicatriseraient probablement jamais. Pierce lui rappela qu'il avait tué leur père uniquement pour la protéger. Margot n'avait rien oublié de cela, bien au contraire. C'était précisément la raison pour laquelle elle lui demandait de mettre fin à son existence : elle savait que lui aurait le cran de le faire. Margot avait du courage, mais sûrement pas assez pour le faire sans aide...

Alors que son frère était toujours de dos, Margot voulut se lever pour aller entourer son torse viril de ses bras, mais se ravisa, car pour dire toute la vérité, elle craignait d'être repoussée une seconde fois. Toujours assise par terre dans son coin, elle souffrait de voir Pierce dans cet état par sa faute. Il ne le méritait pas. Il reporta finalement son regard sur elle en se tournant légèrement avant d'ajouter qu'il mourrait sans elle, ce qui fit réagir Margot sur le champ. Elle ne voulait pas qu'il pense que cela lui était égal. Elle devait lui dire ce qu'elle avait sur le cœur : « Je t'aime très fort. Tu es tout pour moi », confessa-t-elle avec une fragilité dans la voix. « Mais, je t'en prie. Essaies de me comprendre... », le suppliait-elle sur un ton plaintif.

Cela ne changeait rien au fait qu'elle tenait à lui plus que tout au monde et que ses paroles la touchaient profondément. Seulement, il fallait qu'il soit réaliste... Il fallait qu'il parvienne à se mette à sa place rien qu'un instant. Elle ne pouvait plus continuer à vivre ainsi. Ce n'était pas la peine de se faire des illusions et de persister à croire qu'elle guérirait un jour : ni elle, ni lui, tout médecin psychiatre de talent qu'il était, ne pouvaient lutter contre des fantômes... La réalité était difficile à admettre, mais c'était sans espoir... Cette bataille était vaine et ils ne la gagneraient pas. Elle était sûre que Pierce s'en sortirait mieux sans elle. Elle n'avait été qu'une charge toute sa vie. Toujours à essayer de la sauver, de s'occuper d'elle, de la protéger de quelqu'un. Il vivait à travers elle. Il gâchait même son existence à cause d'elle tant elle accaparait toute son attention. Il avait le droit à une autre vie...

« Soit… Si c'est ce que tu veux... », l'entendit-elle murmurer froidement, brisant le silence pesant qui s'était installé. Il ne lui avait jamais parlé avec autant de dureté auparavant. « Faisons ça mais faisons-le maintenant ». Margot voyait son frère en contre-plongée avancer vers elle avec une détermination sans faille. Il en était même impressionnant. Il lui faisait presque peur. Au fur et à mesure qu'il s'approchait, il lui expliquait en détail par quels moyens il allait l'achever : ils iraient d'abord dans sa chambre pour passer prendre une lame de rasoir dont il disposait, puis dans les douches pour faire couler de l'eau froide. Margot comprit très vite qu'il allait reproduire les conditions dans lesquelles leur mère avait sauvagement dépéri. Quand il ne fut plus qu'à quelques centimètres d'elle, il se mit à genoux et saisit doucement le poignet frêle de Margot qu'il observa avec une certaine fascination. Il adopta ensuite un ton si mielleux qu'il en était presque hypocrite pour lui dire finalement qu'il lui ouvrirait les veines de la même manière que leur mère avait ouvert les siennes.

Tandis qu'il plantait son regard dans le sien, Margot le dévisageait : pas le moindre battement de cil ; aucune faiblesse dans ses yeux brillants de larmes ; des larmes qui ne se traduisaient que par de la résolution. Margot sentait les doigts de Pierce se resserrer de plus en plus autour de son maigre poignet. Il aurait pu assurément l'écraser d'une seule main. Margot avait tout à fait conscience que son frère était fort. Il l'était plus qu'elle autant physiquement que mentalement. C'était de cela dont elle avait besoin ; elle faisait appel à sa force, car elle-même en était totalement démunie.

« Il n’y a pas de vie sans toi », poursuivit-il. « Si tu meurs, il ne me reste rien. Alors… » Son autre main vint caresser sa joue, créant un contraste avec le fait qu'il tenait toujours son poignet fermement. Il approcha le visage de Margot du sien avant de déclarer fatalement : « Alors finissons-en puisque c’est ce que tu veux. Le temps qu’on nous trouve, nous nous serons vidés de notre sang ». Comme hypnotisée par ce discours morbide, Margot buvait les paroles de son frère en le fixant intensément du regard. Tout devint clair et limpide dans sa tête : Pierce l'aimait. Il l'aimait vraiment. Il avait saisi toute sa détresse et semblait prêt à l'assister même dans ses pires retranchements. A cet instant, c'était comme si leur relation fraternelle prenait un nouveau tournant. A son tour, Margot utilisa sa main libre et la posa délicatement sur la joue de son frère. Elle caressa presque sensuellement son épaisse barbe du bout de ses doigts gelés avant de déclarer avec autant de rigidité dont il avait fait preuve avec elle jusqu'ici :

« Je te suis. »

A ce moment-là, Pierce renforça la pression qu'il exerçait sur le poignet de Margot et la tira vers lui pour la relever. Ils se tenaient donc là, debout, se soutenant mutuellement du regard sans sourcilier. Margot avait la curieuse impression qu'elle et son frère entretenaient à présent un autre rapport que celui qui les avait lié jusqu'ici. Quelque chose de différent semblait se profiler sans que Margot ne puisse mettre concrètement des mots sur cette sensation étrange qu'elle éprouvait. Entre eux était en train de naître soudainement une sorte d'alchimie bizarre qui ne demandait qu'à grandir et s'épanouir...

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MessageSujet: Re: ▪ | save me from the nothing i've become. (pierce + margot)   Jeu 26 Oct - 18:50

save me from the nothing I've become
However far you feel from here you'are not alone. I will always be waiting, and I will always be watching you. Speak to me.
Un instant de flottement. Une étrange sensation quand elle vient délicatement poser sa main sur ma joue, quand elle vient glisser ses doigts à la naissance de ma barbe. Le geste a une autre dimension que ceux qu’elle a pu avoir jusqu’à présent. Il est différent. Elle est différente. En quoi exactement ? Je ne saurais le dire avec exactitude mais cela m’arrache un frisson. Mais cet instant n’est pas suffisant pour effacer le reste, pour me retirer de l’esprit ce que nous allons faire ou, plus exactement, ce que moi, je vais faire. Je n’oublie pas. Je n’oublie pas que je vais nous tuer. Elle non plus. Bien contraire. Elle accepte. Elle n’hésite pas. Sa détermination est déstabilisante, horrifiante même mais c’est parce qu’elle est déterminée que moi je ne flanche pas. C’est parce qu’elle est prête à ce que nous mourions tous les deux que je ne flanche pas car j’ai beau souffrir le martyr de réaliser que ma propre mort lui importe peu, je ne peux pas lui refuser cela. Je ne peux pas lui refuser la paix à laquelle elle aspire. Nous voilà debout, l’un en face de l’autre. Silence. Prunelles qui ne cillent pas de son côté comme du mien. Résolution ultime. Moment de fusion. Même longueur d’ondes. Nous savons où nous allons. Nous restons un moment ainsi, à nous regarder en silence. Jusqu’à ce que ma main quitte son poignet pour aller se refermer sur sa main. Jusqu’à ce que je hoche brièvement la tête avant de me détourner d’elle pour nous faire quitter la chambre. Un regard à droite. Un regard à gauche. Je vérifie que le couloir est désert et il l’est : les gardes continuent leur ronde. J’entraîne ainsi Margot à ma suite, main toujours accrochée à la sienne. Pas un regard en arrière. Mes pas sûrs et résolus nous emmènent vers ma chambre où se trouve l’objet convoité, où se trouve l’objet de malheur. Des vérifications à chaque couloir. Le silence de mort qui règne n’est que le prémice de la véritable mort qui nous attend. De ce néant dans lequel nous allons plonger ensemble. Un néant qui, malgré tout, me fait peur. Pas parce que j’ai peur de la mort : c’est l’idée d’être séparé d’elle qui me fait peur, qui m’est intolérable. Alors le cœur s’emballe. Alors les mains deviennent moites au point que lorsque nous pénétrons enfin à l’intérieur de ma chambre, il me faut essuyer ma main sur mon pantalon de pyjama. Un regard en biais pour mon lit, pour ce lit dans lequel j’aurais voulu pouvoir glisser Margot, dans ce lit dans lequel j’aurais voulu pouvoir la faire mienne. Jamais ça n’arrivera. Jamais, et cette certitude m’arrache une grimace de douleur.

Jamais…

C’est d’une main tremblante que je fouille dans ma trousse de toilette pour mettre la main sur la petite boîte où se trouvent des lames de rasoir de rechange. Je m’en saisis d’une, l’observe une seconde en glissant le bout de mon ongle sur la lame puis ferme les yeux. Juste une seconde. Pour respirer. Pour me calmer. Je ne veux pas la tuer. Je ne veux pas nous tuer. Je veux l’aimer. Je veux qu’on s’aime. Comment ?... Comment avons-nous pu en arriver là ? Et la colère quand je rouvre les yeux en réalisant que si nous en sommes là, c’est de ma faute. Parce que j’aurais dû le tuer avant, quand j’en ai eu l’occasion. Et j’en ai eu l’occasion. J’aurais dû le tuer avant qu’elle ne s’attache trop. J’aurais dû le tuer avant qu’il ne l’enlève à moi. Nous n’en serions pas là… C’est ma faute. Alors c’est mérité. Cette souffrance engendrée par la perte à venir. C’est on ne peut plus mérité. Je me tourne vers Margot qui affiche un air à la fois las et décidé sur le visage. Las de cette vie. Décidé à y mettre fin. Je vais le faire. Pour elle. Je m’approche en silence, m’arrête face à elle, mon regard plongé dans le sien. Je viens doucement poser mon front contre le sien et soupire. J’ai accepté. C’est fait.

« Allons-y… » je souffle tout bas avant de reprendre sa main dans la mienne, l’autre tenant avec prudence la lame de rasoir.

Et voilà que nous reprenons notre chemin dans l’antre d’Ostrov, pour nous diriger doucement mais sûrement vers les douches. Encore et toujours les yeux qui traînent pour s’assurer que personne ne va nous surprendre, que personne ne va nous empêcher d’aller jusqu’au bout de notre macabre projet. Un « chut » murmuré tout bas alors que je colle Margot contre un mur quand j’entends des pas un petit peu plus loin. Les corps proches. Les corps collés. Le cœur qui bat de tant de proximité. Les regards qui sont figés l’un dans l’autre et encore cette étrange sensation, comme tout à l’heure, quand nous nous sommes regardés. Encore cette étrange différence par rapport à d’habitude. Est-ce parce que nous avons conscience qu’il s’agit là de nos derniers moments ? Est-ce cette certitude qui rend nos échanges si... Fusionnels ? Peut-être. Mais c’est bien là et ça me complique grandement les choses car plus que jamais je la désire. Plus que jamais… Je souffle un peu avant de me reculer une fois les pas définitivement éloignés. Difficile de m’arracher à elle. Extrêmement difficile et pourtant j’y parviens. Notre chemin de croix reprend et bientôt, nous arrivons enfin aux douches réservées aux femmes. C’est vide. Personne. Rien. Pas un bruit. Malaise soudain maintenant que nous sommes là. Envie brutale de lui dire que j’ai changé d’avis, de faire demi tour et de la ramener jusqu’à sa chambre. Je n’en fais pourtant rien. Parce qu’elle compte sur moi et cette fois, je ne peux pas la décevoir. Je ne le peux pas. Je ne la regarde pas. Je ne préfère pas. Je préfère lâcher sa main et m’avancer doucement, sans plus la tenir parce que si je reste près d’elle, je risque de faillir à cette dernière mission donnée. Je risque de véritablement renoncer. Alors je m’avance seul oui. Jusque là où je peux mettre une douche en marche pour faire couler de l’eau froide. Je me glisse habillé dessous, reste quelques secondes dessous, frissonnant au premier abord avant de m’habituer à la froideur. J’use de ces quelques secondes pour trouver le courage de me retourner et de faire face à celle dont la vie va bientôt s’achever. Dont la disparition va entraîner ma propre perte. Une main tendue vers Margot pour qu’elle me rejoigne et ce n’est que lorsqu’elle a glissé sa main dans la mienne que nous fais nous agenouiller au sol, l’un en face de l’autre sous l’eau froide. Margot qui tremble de froid, mais l’hypothermie l’aidera à s’endormir plus vite. A nous endormir plus vite. Nous sommes là, seuls. Je la regarde. Elle me regarde. Les larmes me montent aux yeux, le cœur s’emballe. La douleur est violente. Très violente. Mon cœur se brise au fil des secondes qui passent alors que je manque de courage pour agir. Et doucement ça me vient. Cette envie de lui parler. Ce besoin incontrôlable de me confier.

Il faut qu’elle sache et il faut qu’elle sache maintenant.
Pas après.
Maintenant.

« Je te demande pardon Margot… » je lui murmure tout bas. « Je t’ai emmenée dans cet endroit pour t’aider, pour te sauver et j’ai échoué. Je t’ai fait défaut et ça me tue aussi certainement que cette lame de rasoir va le faire. » je lui avoue la voix tremblante. Je n’ai sans doute jamais été aussi vrai face à elle, jamais. Un livre ouvert que je suis en cet instant. « Je t’aime tellement Margot. Tu n’as pas idée à quel point. Non, tu n’as pas idée... » je répète avant qu’elle ne m’interrompe. Elle ne sait pas. Elle ne sait rien. « Personne au monde Margot… Personne au monde n’ jamais aimé quelqu’un autant que je t’aime. Personne au monde ne t’aimera jamais autant que je t’aime. » C’est un fait. Mon amour pour elle n’a aucune limite, aucune. La preuve : je l’aime tellement que je suis prêt à lui ôter la vie pour la soulager. Je glisse doucement ma main libre sur sa joue trempée. Est-ce simplement l’eau qui coule ? Des larmes ? Les deux sans doute. J’esquisse un tendre sourire et la regarde enfin comme j’ai toujours voulu la regarder. L’amour est là. Le désir brûlant aussi, même en cet instant. Il est tellement brûlant que mon souffle en est contrarié. « Je t’aime comme je ne devrais pas t’aimer et avant que ce soit terminé, je veux que tu le saches. » C’est dit. Je romps le contact pour abaisser mon regard vers ses poignets que je viens mettre à découvert sur mes genoux. « Margot, ça va faire très mal… » je lui explique sans relever mon regard vers son visage. Parce que le moment est enfin arrivé et que j’ai beau avoir décidé d’accéder à sa demande, je ne peux pas me résoudre à voir ses traits se tordre de douleur au moment où la lame va pénétrer la chair. Je ne relèverai mon regard vers elle que lorsque mon œuvre sera achevée, tant sur ses poignets que sur les miens. Je ne relèverai mon regard vers elle que lorsque la douleur laissera la place à la faiblesse, puis à la plénitude.

Et là, pendant que nous baignerons dans notre sang, avant le souffle ultime, je lui volerai un baiser.

Mais avant d'en arriver là, la douleur. La lame qui s'approche du poignet. Je ne tremble pas.

Je suis prêt.

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MessageSujet: Re: ▪ | save me from the nothing i've become. (pierce + margot)   Mar 31 Oct - 1:30

« Should it hurt to love you? Should I feel like I do? Should I lock the last open door? My ghosts are gaining on me... » (Evanescence → All That I'm living For)Save me from the nothing I've become. Pierce & Margot●●● A cet instant précis, plus rien n’existait autour d’eux. Pour la première fois de sa vie, Margot se sentait étrangement en parfaite osmose avec son frère. Ils avaient toujours eu une relation fusionnelle tous les deux, mais c’était comme si là, tout à coup, au bout de tant d'années, l’un avait finalement compris les désirs profonds de l’autre. Alors que le silence régnait, Margot était captivée par le regard de Pierce dans lequel elle pouvait lire tellement de choses désormais... Il y avait cette vive lueur, cette flamme dans le fond de ses yeux que Margot n'avait jamais perçu auparavant et qui le rendait si... magnétique. Elle en était ardemment troublée. Malheureusement, ce moment de cohésion si beau et si fort qu'ils partageaient dans la semi-obscurité de cette pièce étriquée jaillissait de leur décision mutuelle et radicale de mourir ensemble. Pierce les ramena tous les deux à cette tragique réalité en lâchant son poignet. Il lui saisit la main et leurs doigts s'entrelacèrent. Mais même ce contact physique anodin prenait une autre dimension. Même ce simple geste était vibrant d'émotion. Pierce hocha rapidement la tête en signe d'approbation avant d'entraîner sa sœur vers la sortie. Il savait ce qu'il devait faire et Margot s'engageait à le suivre aveuglément.

Après avoir inspecté le couloir, Pierce tira Margot par la main qu'il tenait toujours avec beaucoup de poigne et l'amena résolument jusqu'à sa chambre. Il jetait un coup d'œil furtif au détour de chaque couloir, de chaque porte afin de vérifier que personne ne se trouvait sur leur chemin. Rien ne semblait pouvoir l'arrêter. Alors qu'elle emboitait le pas derrière son frère, Margot admirait son assurance, elle qui n'était même pas assez courageuse pour faire face à la mort toute seule... Elle se haïssait de devoir lui faire subir une telle épreuve après tout ce qu'ils avaient enduré. Mais c'était la dernière fois que la vie leur infligeait autant de souffrance. Dans peu de temps, ils n'auraient plus à se battre ; tout serait fini. Ils laisseraient la douleur et le chagrin à leurs vies terrestres. Dans peu de temps, il ne resterait rien d'eux, seulement leurs corps inanimés et enlacés sur le carrelage blanc des douches, leur sang entremêlé s'écoulant lentement vers les évacuations d'eau. Réunis dans la mort pour l'éternité... comme deux âmes-sœurs.

Ils atteignirent la chambre de Pierce sans encombre et s'y engouffrèrent à la hâte. Pierce abandonna la main de sa sœur quelques instants pour aller chercher l'objet dont ils auraient besoin afin de mettre en application leur funeste projet. Il affichait toujours cet air déterminé sur son visage, mais Margot avait bien senti que ses mains étaient devenues moites et qu'à présent il tremblait en fouillant sa trousse de toilette... Soudainement, elle ne put s'empêcher de le revoir quand il avait dix, douze ans et qu'il lui avait dit que maintenant, c'était lui, l'homme de la maison... Elle s'en souvenait encore comme si c'était hier. Et durant toutes ces années passées à ses côtés, Pierce avait endossé à lui seul cette lourde responsabilité et n'avait jamais manqué à son devoir. Il s'était toujours montré à la hauteur. Plus qu'un frère pour elle, il avait été à la fois son père, sa mère, son confident, son meilleur ami. Aujourd'hui, il était tellement plus encore... Aujourd'hui, elle l'avait dans la peau à un point inimaginable.

Pierce se retourna vers Margot. Il avait enfin trouvé ce qu'il cherchait. A mesure qu'il s'approchait d'elle, Margot avait les yeux rivés sur cette lame de rasoir neuve qu'il tenait à la main. Elle ne détourna le regard que lorsque Pierce fut à sa hauteur et qu'il s'arrêta net devant elle. Tandis qu'il posait son front contre le sien, Margot ferma les yeux afin de savourer toute l'intensité de cette proximité et entendit son frère pousser un profond soupir. Il l'invita ensuite à reprendre leur périple en soufflant simplement « Allons-y... ». Margot acquiesça, puis rouvrit les yeux. Pierce lui saisit de nouveau la main et les voilà repartis dans les couloirs sans fin d'Ostrov.

Alors qu'ils se rendaient aux douches des femmes, Pierce restait aux aguets, attentif au moindre mouvement ou son suspect. Puis, sans que Margot ne s'y attende, Pierce la plaqua contre un mur, ayant entendu des bruits de pas un peu plus loin. Margot eut un bref sursaut avant de comprendre qu'il fallait garder le silence pour ne pas se faire repérer. Seulement, tandis qu'elle s'efforçait de réguler sa respiration, elle fut parcourue par une drôle de sensation en sentant très nettement les battements de cœur de Pierce faire écho dans sa propre poitrine. Les lèvres charnues de Pierce n'étaient qu'à quelques centimètres des siennes. Et cette manière si déstabilisante qu'il avait de la regarder... Mais il fallait vite repartir avant que quelqu'un ne les surprenne ici. Pierce mit donc fin à ce moment électrique en reprenant la main de Margot, direction les douches des femmes.

A cette heure de la nuit, les lieux étaient naturellement inoccupés. Cet endroit était à l'image de l'hôpital lui-même : daté et sans âme. Du carrelage blanc recouvrait les murs du sol au plafond, les joins étaient noirs et moisis par le temps et l'éclairage tremblotait par intermittence. Margot observa la pièce avec une pointe d'angoisse. C'était donc là leur destination finale, le terminus du train dont le destin était de s'écraser inévitablement sur le mur ultime. Margot tourna la tête vers Pierce comme pour vérifier s'il n'était pas tenté de faire demi-tour, mais ce dernier demeurait impassible. Il lâcha la main de Margot et s'avança vaillamment vers une douche afin de la mettre en marche. De l'eau froide coula du pommeau. Il se mit dessous tout habillé et y resta quelques secondes, le temps de s'habituer à la température.

Restée en retrait, Margot assistait à la scène silencieusement. Le t-shirt blanc immaculé de Pierce fut bientôt trempé et lui colla à la peau, ce qui laissait entrevoir les contours de chacun de ses muscles. Margot l'avait toujours trouvé beau, mais elle se surprit à le trouver attirant... Pierce la tira de ses curieuses pensées en lui tendant la main pour qu'elle le rejoigne. Contrairement à lui, elle choisit de retirer sa chemise de nuit informe, dévoilant ainsi ses courbes harmonieuses et sa silhouette gracile. Elle se glissa sous l'eau vêtue d'un simple ensemble de lingerie. Elle n'avait jamais été pudique devant son frère, et puis à quoi bon vouloir se cacher derrière un vêtement quand on savait que la fin était proche... Les mains jointes, ils s'agenouillèrent ensemble au sol. L'effet du froid sur la peau encore tiède de Margot était très inconfortable et la faisait grimacer. Mais elle tenait fermement les mains de Pierce pour s'accoutumer et résister.

Ils échangèrent un dernier regard plein de profondeur l'un pour l'autre. La détermination du début fit lentement place à la vulnérabilité : il était temps pour eux de se dire adieu et il fallait trouver les mots justes tout en étant le plus honnête possible avec l'autre. C'était le moment ou jamais de tout se dire sans aucun tabou, sans aucune gêne. Il serait trop tard ensuite pour les regrets... Pratiquement nue devant son frère, Margot ne pouvait pas être plus naturelle et vraie envers lui. A mesure que l'eau glaciale les pétrifiait, Pierce était submergé par l'émotion. Petit à petit, Margot sentait sa carapace se fendiller. C'était palpable ; il avait des choses sur la conscience et sur le cœur à lui avouer, des non-dits à lui confesser.

« Je te demande pardon Margot… », dit-il tout d'abord dans un murmure. « Je t’ai emmenée dans cet endroit pour t’aider, pour te sauver et j’ai échoué. Je t’ai fait défaut et ça me tue aussi certainement que cette lame de rasoir va le faire », poursuivait-il la voix tremblante. De l'espoir. Margot en avait eu elle aussi à une époque. Mais Ostrov lui avait ôté toute volonté de s'en sortir. Il était grand temps que ses souffrances soient abrégées... Pierce reprit : « Je t’aime tellement Margot. Tu n’as pas idée à quel point. Non, tu n’as pas idée... ». Margot était une véritable éponge, ressentant toute la sensibilité exacerbée de son frère, sa passion et même sa souffrance. Il n'avait jamais été aussi fougueux en lui témoignant son affection, et pourtant il avait toujours été très démonstratif avec elle.

« Personne au monde Margot… Personne au monde n’a jamais aimé quelqu’un autant que je t’aime. Personne au monde ne t’aimera jamais autant que je t’aime ». Margot sentit son cœur se serrer de douleur dans sa poitrine. Elle leva la tête vers le plafond, ferma les yeux pour prendre toute l'eau de la douche sur son visage et poussa un soupir déchirant. Seigneur, aidez-moi..., suppliait-elle intérieurement. Quelle torture, quel supplice d'entendre son frère parler ainsi. Il l'aimait à la folie et cela la rendait folle elle aussi. Elle mit ses cheveux en arrière et les plaqua pour retirer le trop plein d'eau, même si cela ne servait à rien. Elle fit de nouveau face à son frère et rouvrit ses yeux brillants de larmes. Pierce lui caressa la joue et lui sourit tendrement en la couvant du regard. Ce regard... si doux, si aimant. Margot aurait voulu que la planète s'arrête de tourner et qu'il la contemple comme cela éternellement. « Je t’aime comme je ne devrais pas t’aimer et avant que ce soit terminé, je veux que tu le saches ».

Margot fronça légèrement les sourcils. Que devait-elle déduire de cela ? C'était très ambigu. Elle fut perplexe et des tonnes de questions se bousculèrent dans son esprit, mais Pierce ne lui laissa pas le temps de réfléchir davantage. Il lui saisit les poignets et les posa sur ses genoux avant de la prévenir que cela allait lui faire très mal. Inquiète, Margot le fixait toujours, mais lui ne la regardait plus. Il avait baissé la tête, pris la lame de rasoir et l'avait approché du poignet de Margot, prêt à lui trancher les veines d'un coup sec.

Le sentiment de peur envahit Margot et lui provoqua l'effet d'un électrochoc ; elle réalisa ce qu'ils étaient en train de faire. Non, il fallait empêcher cela. C'était de la folie. Elle ne voulait pas mourir ici avec lui sous cette lame ; pas après s'être livré comme il venait de le faire ; pas après tous ces regards caressants et plein de sous-entendus. Tandis que Pierce se concentrait pour accomplir la pénible tâche qui lui avait été confiée, Margot prononça presque inaudiblement « Non, attends ». Pierce ne releva pas la tête, n'ayant probablement pas fait attention. Il allait se mettre à exécution quand Margot s'écria plus fermement « Arrêtes ! Jettes ça ! ». Elle n'attendit pas qu'il lui obéisse ; elle prit l'initiative de lui retirer violemment la lame des mains et la lança très loin. Bouleversée, elle s'agrippa ensuite à son cou, et ne sachant que faire de ses mains, le touchait partout, tantôt dans le dos, tantôt dans ses cheveux, tantôt sur sa nuque. Pleurant à chaudes larmes, elle répétait inlassablement cette même phrase en secouant la tête : « Ne me laisse pas mourir ici. Non, s'il te plaît, ne me laisse pas mourir ici. ». Elle ne voulait pas que les douches d'Ostrov deviennent leur tombeau. Elle ne voulait pas que Pierce lui ôte sa vie de la même façon qu'il avait sèchement ôté celle de leur père. Mourir n'était pas son vœu le plus cher comme elle l'avait cru au départ. Au contraire, elle voulait exister plus que jamais. « J'ai tant besoin de toi », susurra-t-elle à l'oreille de son frère du bout de ses lèvres froides et violacées. « Ne me laisse pas m'éteindre. Aime-moi », quémanda-t-elle dans un souffle. Donner de l'amour et en recevoir abondement. C'était de cela dont elle avait désespérément besoin pour renaître de ses cendres... Etait-ce bien raisonnable ? Jouer tous les deux à ce jeu dangereux pourrait sans doute ne pas l'être. Tôt ou tard, même dans un hôpital psychiatrique, la bien-pensance et la morale auraient leur mot à dire...

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