AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  
Nous avons besoin de psychologues et de médecins.
D'ailleurs, pensez à nos scénarios, ils sont très attendus ! ♥
Merci de jeter un coup d'œil aux pathologies du forum.

Partagez | 
 

 Embrasser les chimères – Uddina

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Crabe De Compagnie
PILULES AVALÉES : 480
MIROIR : Mark Pellegrino
IDENTITÉ : Dragon
CRÉDITS : ©Lonely_Angel – ©Solosland
A DÉBARQUÉ LE : 27/11/2016
FORCE : 1872

SITUATION : « Il y a quelque chose de pourri dans le royaume du Danemark »
EST ÂGÉ DE : 50 ans
avatar
Uddi D. Møller

MessageSujet: Embrasser les chimères – Uddina   Sam 10 Juin - 3:43

EMBRASSER LES CHIMÈRES

UDDINA


A look in somebody's eyes to light up the skies, to open the world and send me reeling

♪♫♪

On écarte le personnage créé. On le remanie. On lui enlève certains points, on en créer d'autres, on efface quelques histoires, quelques moments, quelques circonstances. On espère créer un rêve, une idée en laquelle le personnage croit, mais on ne créer qu'une chimère. On la dessine au loin, on l'observe, on l'aime, puis on l'embrasse. On embrasse les illusions qui tremblent sur le bout de nos lèvres. On laisse les idées fleurir dans un marécage qui s'effacera au bout d'un temps.

Le personnage est né au Danemark. Il n'y a plus de mafia dans son histoire. On joue dans son cerveau, on enlève quelques bouts, on tourne avec une clef à molette, on creuse, on remplit. Il n'y a plus de steaks du marché, plus de lait caillé de chamelle. On efface tout ça. On les écrase. On les meurt dans firmament imagé. Il n'y a plus de Kaleb. On l'enlève, on le kidnappe encore une fois. Il n'y a plus de folie, plus rien d'étrange, plus de pulsions, plus de cauchemars. On le regarde. Il est épuré. Il se regarde. On le réconforte, on se réconforte aussi. On invente un autre univers et on le pousse en plein dedans.

☾☾☾

On le regardait bizarrement. On chuchotait en empoignant le bras du voisin, on s'approchait des oreilles qui voulaient bien avaler les mots soufflés et les rires étouffés. On fronçait les sourcils, on se demandait ce qu'il faisait, puis soit on passait son chemin, soit c'est lui qui le faisait. Il arpentait les couloirs de la galerie d'art avec un sourire, capitaine du navire qu'il s'était inventé. Il fredonnait l'air de la chanson thème d'un film qu'il était allé voir au cinéma quelques semaines auparavant. Il y avait été seul, il été allé s'asseoir dans un coin de la salle, il avait donné un coup de pied dans le pop corn qui traînait par terre, puis il avait posé son menton dans une de ses mains. Il ne s'attendait pas, à ce moment-là, à voir quelque chose de fantastique. Il avait entendu dire que c'était pas mal, sans plus. Mais, lorsque les lumières s'était éteintes, il s'était effacé de sa vie normale et avait plongé la tête la première dans le monde imaginaire de quelqu'un d'autre. Il avait été noyé dans ses pensées en sortant du cinéma, en marchant jusqu'à chez lui, en ouvrant la porte de sa maison, en prenant sa douche et en se glissant sous ses draps. Il se rappelait avoir jalousé le scénariste. Il avait tenté d'écrire quelque chose de semblable, il avait téléphoné au théâtre pour lequel il travaillait, il avait posé quelques questions, il avait changé d'avis. Il avait écrit autre chose, une autre pièce qu'il allait pouvoir faire lire à sa grand-mère. Il avait cru bon de rester lui-même, de garder la plume qui lui permettait de payer son loyer, ses courses et ses visites au musée.

Il traînait des pieds devant certaines œuvres, il se taisait pour réfléchir aux couleurs, les absorber dans son esprit et il reprenait sa chanson, une tonalité plus haute, ou une note plus basse. D'un pas à l'autre, il faisait rebondir les ailes en carton qu'il avait enfilées sur son dos le matin-même. Il les avait trouvées derrière la scène du théâtre en amenant les photocopies du scénario aux acteurs. Celui qui avait décroché le rôle principal (un certain Loulou, il lui semblait) les avait laissées traîner sur une chaise en plastique. Les plumes collées sur la base en carton ressemblaient à celles d'un cygne. Il serait fâcheux qu'il rencontre un de ces oiseaux et que celui-ci tombe amoureux de son plumage. Les cygnes gardaient apparemment leurs partenaires pour la vie et Uddi n'avait pas les pattes palmées. Il avait les pattes qui glissaient sur le plancher ciré de la galerie. Il jetait quelques coups d'œil dans la direction de la propriétaire, celle qui discutait plus loin avec d'autres visiteurs. Il lui lançait des sourires, il s'assurait qu'elle les reçoive, puis il détournait le regard. Elle, elle souriait comme la lune, celle piégée à l'intérieur du tableau qu'il venait tous les jours admirer. Il s'asseyait sur le banc juste en face et laissait son regard s'évanouir dans les traces des coups de pinceaux, dans les dégradés nettement contrôlés, dans les formes vagues et les formes claires, dans les courbes de la lune dessinée, dans les pointes du soleil peint. Il continuait de marmonner sa chanson, les mains croisées sur les genoux, le sourire aux lèvres. Il ne bougea pas en sentant le poids de quelqu'un s'asseoir à côté de lui, il fit simplement frissonner ses ailes de gauche à droite.

code by lizzou

Revenir en haut Aller en bas
PILULES AVALÉES : 1192
MIROIR : carey mulligan
IDENTITÉ : Verendrye
CRÉDITS : Avatar : Verendrye
A DÉBARQUÉ LE : 26/09/2016
FORCE : 4032

SITUATION : Des rumeurs courent disant que le coeur de la blonde ne serait plus à prendre. Si elle est toujours là, c'est pour lui.
EST ÂGÉ DE : 31 ans
avatar
Nirina Vespucci

MessageSujet: Re: Embrasser les chimères – Uddina   Lun 12 Juin - 21:49

Embrasser les chimères
“ Il y a des moments doublement mélancoliques et mystérieux, où notre esprit semble éclairé à la fois par le soleil qui se couche, et par la lune qui se lève ” Proses philosophiques, Victor Hugo

Dans son sourire d’une infinie douceur, elle essayait de cacher la douleur qui venait étirer à la limite du déchirement ses pauvres zygomatiques. Cela faisait parti du jeu, s’arborer à longueur de journée d’un sourire encore plus doux qu’un rayon de miel, pour plaire, pour faire plaisir. Mais surtout pour faire vendre. Condamné dans un monde écorché par la guerre, la maladie et tous les maux libérés par la pauvre Pandore, l’Art était selon elle ce qui permettait à l’homme de se raccrocher à son ultime part d’Humanité. Telle était la vie de Nirina, être un pont permettant de connecter deux univers, deux états d’esprits. L’artiste et l’acquéreur. Ce jour-là, la galerie était remplie d’une multitude de gagne-pains potentiels. Il lui fallait alors garder en tête son objectif principal, terminer la journée en ayant fait au minimum une vente.

Alors qu’elle répondait aux questions d’une de ses plus fidèles clientes, un étrange nuage laiteux passa dans son champs de vision, l’obligeant à laisser sa phrase en suspend. Déconcertée, son interlocutrice se retourna pour trouver la source de distraction de la jeune galeriste, alors qu’un hoquet de consternation s’échappait de sa bouche aux lèvres fripées comme du parchemin. De son côté, la jeune femme l’avait immédiatement reconnu. Comment oublier un visage que l’on apercevait quotidiennement au détour des tableaux ? Tous les jours, elle se demandait si elle l’apercevrait, et comme une réponse à sa question muette, il revenait à chaque fois. Comparé à certains de ses confrères, il n’était pas dans ces habitudes de fondre aussi vite sur les visiteurs qu’un aigle fondant sur un agneau, les considérants comme des belles carcasses dont le seul intérêt était de leur soutirer leur portefeuille avant qu’un autre charognard ne s'en charge à leur place. Nirina estimait qu’il fallait d’abord les laisser s’imprégner de ce que l’artiste avait à leur dire à travers leur œuvre. Ainsi, elle avait préféré laisser cet intriguant personnage déambuler dans la galerie, flâner entre les traits de pinceaux dénonciateurs ou les coups de crayons rêveurs. Mais ce jour là, les ailes cartonnées dont il s’était affublé, étaient comme un appel silencieux à aller à sa rencontre.
« Vraiment, les gens ont perdu tout sens des conventions sociales. » s’offusqua alors la vielle femme vêtue d’un lourd manteau de fourrure, la faisait ressembler à un ours qui aurait oublié de grandir. Alors qu'il jetait de bref coup d'oeil dans leur direction, la galeriste attrapait chacun des sourires que cet homme lui offrait, veillant à les lui renvoyer à son tour.
« Vous devriez appeler la sécurité… » proposa l’homme qui accompagnait la vielle dame. Nirina, de son côté, n’osait pas les contredire. La peur de les froisser était bien trop présente pour lui faire dire quelques paroles regrettables. Elle-même était légèrement décontenancée devant cette paire d’ailes qui flottait dans le dos de cet homme, alors qu’elle le voyait s’asseoir comme à son habitude, devant le même tableau.
« Je vais m’en occuper. » répondit-elle aux deux médisants tout en se fendant d’un coquet sourire sucré, le préféré des acheteurs, celui qui leur donnait l’impression d’être importants, écoutés, compris. Celui qui permettait à la jeune femme de se débarrasser d’eux le plus poliment possible sans même qu’ils ne s’en rendent compte.


En se dirigeant vers lui, elle prit place à ses côtés sur le banc, pendant qu’il murmurait un air qu’elle ne connaissait que trop bien. « J’aime beaucoup cette mélodie… » murmura-t-elle. Les ailes cartonnées dans le dos et la lumière crue des plafonniers lui donnaient une aura presque céleste, jusqu’à la rendre toute intimidée sans qu’elle en sache la raison, elle qui était d’habitude si sûr d’elle.
« C’est une œuvre splendide n’est-ce pas ? » Elle aimait particulièrement la façon qu’avait eu l’artiste de mêler l’éclat diaphane de la Lune à celle flamboyante du Soleil, leur deux lumières formant une union illuminant tout le tableau. « L’artiste a jugé bon de ne lui donner aucun nom. Il a estimé que l’œuvre se suffisait à elle-même. » Elle osa enfin tourner timidement la tête dans sa direction, ne pouvant s’empêcher de détailler chacun des traits harmonieux qui parcourait son visage. « Qu’elle pouvait revêtir le nom que chacun souhaitait lui donner. »

Elle fût soudain prise d’une irrésistible envie de toucher les ailes blanches comme du coton accrochées au dos de l’individu. Ses doigts virent frôler le plumage aussi duveteux que l’épiaire de Byzance qui poussait dans les jardins de sa tante.

« C’est la première fois que je croise un ange qui semble avoir perdu le chemin menant au paradis. »
©junne.
Revenir en haut Aller en bas
Crabe De Compagnie
PILULES AVALÉES : 480
MIROIR : Mark Pellegrino
IDENTITÉ : Dragon
CRÉDITS : ©Lonely_Angel – ©Solosland
A DÉBARQUÉ LE : 27/11/2016
FORCE : 1872

SITUATION : « Il y a quelque chose de pourri dans le royaume du Danemark »
EST ÂGÉ DE : 50 ans
avatar
Uddi D. Møller

MessageSujet: Re: Embrasser les chimères – Uddina   Ven 16 Juin - 17:33

EMBRASSER LES CHIMÈRES

UDDINA


A look in somebody's eyes to light up the skies, to open the world and send me reeling

☾☾☾


Les chuchotements effrontés des femmes drapées de fausses fourrures aux textures rocambolesques parvenaient jusqu'au oreilles d'un Uddi qui préférait les ignorer. Il savait ce que ces autres personnes pensaient de son attitude effrontée, il avait peut-être tord, mais leurs airs offusqués ne pouvaient le tromper. Il leur envoyait des sourires à elles aussi, mais des moins doux, des moins vrais, des plus sarcastiques, des plus arrogants. Ceux qu'il réservait à la galeriste étaient emplis de rêves et de non-dits, de secrets partagés à l'écart des clients fidèles, à l'écart des clients nouveaux, à l'écart des cadres, mais en plein dans les tableaux, dans les fibres de chaque toile, dans chaque pigment de chaque couleur à l'huile, à l'eau. Uddi avait cessé de marmonner sa chanson pour écouter la voix de celle à ses côtés. Il avait laissé son regard glisser vers son visage, vers la façon qu'avaient ses yeux de virevolter dans l'atmosphère de la galerie, vers le mouvement de ses lèvres, vers les lignes qui dessinaient si justement ses émotions. Un sourire tomba alors des lèvres de la femme et réapparut sur celles d'Uddi. « Ravi de savoir qu'elle ne vous est pas inconnue... » Ses yeux gris cherchèrent ceux de la galeriste avec une curiosité non dissimulée, puis revinrent examiner la peinture en face. L'œuvre semblait briller un peu plus fort à chaque coup d'oeil. Sa lumière promettait d’être un jour tout aussi puissante que celle de la lune, que celle du soleil, que celle de la puissante qui paraissait émaner du sourire de la passionnée. Uddi tourna la tête vers elle, trouvant enfin le chemin vers ses yeux, dans lesquels il vit se refléter le tableau dans toute sa splendeur. « Permettez-moi de donner raison à l'artiste. » Il respira la couleur de ses yeux. « Quel est votre nom à vous ? » Il s'accorderait sans doute merveilleusement aux couleurs de la toile, il ferait se refléter chaque consonne et chaque voyelle comme une teinte différente de bleu ou de rouge. C'était presque le portrait de deux âmes-sœurs qui s'entremêlaient au milieu d'un chaos inimaginable, l'une n'ayant d'yeux que pour l'autre, l'une ignorant le reste de l'univers et ne pouvant vivre que dans le regard de l'autre. Le rire léger d'Uddi chamboula les chuchotements ambiants. On marmonna des mots brusques, on écuma de rage en entendant la mélodie, on croyait que les rires étaient interdits dans les galeries d'art. Les artistes n'étaient pas des humoristes, le rire n'avait aucune place ici. « Et puis quoi encore ! » Il ne détacha pas son regard de son interlocutrice. Il laissa glisser les remarques des ours blancs loin derrière lui. « Ne vous inquiétez pas, j'ai l'impression de l'avoir retrouvé, ce chemin... » Il était caché quelque part, dans les teintes chaleureuses de ses yeux à elle, dans les promesses masquées de sa voix lumineuse.

Uddi se leva alors, tourna le dos au tableau qu'il admirait pour faire face aux gens qui le dévisageaient. Il ouvrit grand les bras, d'une façon qui se voulait théâtrale, et prit la parole un peu plus fort que prévu. « Pardonnez-moi, chers visiteurs ! Mes ailes ne vous perturberont plus, désormais. Regardez ! » Il en attrapa une et l'ôta de sa base, puis fit de même avec l'autre. En-dessous des ailes se trouvait leurs squelettes, qui avaient été découpés dans une boîte en carton. « Maintenant, je suis un ange déplumé ! » Il fit une révérence, salua son public outré, puis se réinstalla sur le banc. Du coin de l'œil, il vit quelques clients sortir en levant les yeux au ciel, comme pour y trouver la réponse à leur question. Qu'est-ce que ce clown fichait dans une galerie d'art ? Uddi baissa les yeux vers ses mains, qu'il entortillait l'une dans l'autre nerveusement. Il avait conscience que ces âneries allaient faire fuir les potentiels clients de la galeriste et n'osa donc pas prendre la parole. S'il s'amusait à mettre en colère les gens de cette trempe, c'est qu'il s'ennuyait à mourir à les entendre parler si platement. Il n'y avait aucune couleur dans leurs âmes, aucune nuance, aucune envie de se détacher de leurs fourrures immenses et d'enfiler des ailes pour aller voler plus loin. Uddi avait l'impression d'étouffer, il était obligé de se réfugier dans le théâtre et dans les dialogues, dans les monologues et dans les tirades, pour mieux respirer. La galeriste l'avait intrigué et il n'avait même pas encore réussi à démêler la raison exacte de son intérêt envers elle. Tout ce qu'il savait, c'est que le théâtre, aussi grandiose soit-il, paraissait bien fade à côté de cette femme. « Excusez-moi, j'ai tendance à m'emporter facilement... »

code by lizzou

Revenir en haut Aller en bas
PILULES AVALÉES : 1192
MIROIR : carey mulligan
IDENTITÉ : Verendrye
CRÉDITS : Avatar : Verendrye
A DÉBARQUÉ LE : 26/09/2016
FORCE : 4032

SITUATION : Des rumeurs courent disant que le coeur de la blonde ne serait plus à prendre. Si elle est toujours là, c'est pour lui.
EST ÂGÉ DE : 31 ans
avatar
Nirina Vespucci

MessageSujet: Re: Embrasser les chimères – Uddina   Dim 18 Juin - 21:42

Embrasser les chimères
“ Il y a des moments doublement mélancoliques et mystérieux, où notre esprit semble éclairé à la fois par le soleil qui se couche, et par la lune qui se lève ” Proses philosophiques, Victor Hugo

Plus son regard s’attardait sur le tableau, plus elle était persuadée d’avoir prise la bonne décision en voulant lui donner une chance. Bon nombre de gens, amis ou confrères,  lui avaient déconseillé de l’exposer. Le risque trop grand, l’enjeu trop futile. Jugé par beaucoup comme fade, inintéressant, rien de plus qu’une simple peinture populaire. Nirina n’était pas de cet avis, convaincue que ce tableau avait parfaitement sa place dans sa galerie, son but n’étant pas de vendre une signature mais de livrer des émotions. Et aussi parce que ce paysage marbré de bleu galactique, glacé d’argent, lamés d’or, était probablement sa peinture favorite, surpassant loin devant toutes les autres œuvres à vendre, ou déjà cédées. Il lui arrivait parfois d’espérer secrètement qu’aucun visiteur ne lui prête de l’intérêt, lui donnant ainsi une bonne raison pour pouvoir l’acquérir à son propre compte. Mais elle était bien vite rattrapée par la honte d’avoir des pensées aussi peu digne de sa profession et elle étouffait alors ce pincement au cœur à l’idée qu’il lui faudrait un jour s’en séparer.

Elle hocha doucement la tête, lui signifiant silencieusement qu’elle se rangeait du même côté que lui. Il était bien inutile d’essayer d’étiqueter une chose qui pouvait absorber mille et une interprétations. Soudain ses yeux accrochèrent ceux de l’ange, où elle y voyait virevolter des volutes couleur cendres.
« Vespucci. » Ses yeux se baissèrent vers son bracelet qu’elle triturait machinalement.
« Ou Nirina, si vous préférez. » Mais les remontrances et l’indignation ambiante la firent bien vite redescendre sur terre, un peu trop brutalement à son goût. Elle fut d’abord attristée de voir qu’un rire aussi mélodieux puisse être accueilli par des regards glacés d’où suintait tout le dédain adressé à ceux que la soit-disante élite intellectuelle ne considérait pas comme l’un des leur. Plus elle l’observait, plus elle devait admettre qu’il dénotait totalement avec le reste des autres visiteurs présents. Avec ses iris où miroitait une lueur taquine, il était semblable à une vague au milieu d’un lac lisse, figé par la norme. Ses sourcils se froncèrent légèrement lorsqu’il lui confia avoir retrouvé le chemin menant au paradis, essayant de trouver un sens à cette phrase.

Mais lorsqu’elle le vit se redresser sur ses jambes, son bras eut d’abord le reflexe de vouloir le retenir, poussé par la peur de le voir partir, que cette pièce lui devienne soudain trop anxiogène face à ces gens si différents de lui.
« Non attendez… » commença-t-elle, elle ne voulait pas qu’il s’en aille, pas maintenant qu’elle pouvait enfin lui parler. Mais il n’en fit rien, se contentant simplement de se retourner vers la foule. Puis, se fût comme si son cœur s’était arrêté de battre, figé dans l’espace-temps devant la scène qui se jouait devant elle. Elle n’était plus galeriste, la gardienne de ce lieu, désormais elle était une simple spectatrice, rangée au même titre que les gens derrière elle. Et lui, jouait dans cet espace qu’il venait de s’approprier, obligeant tous les regards à se porter sur lui. Et c’est sous un regard d’effroi qu’elle vit l’ange blond se mutiler, arrachant les plumes de cygne, laissant apparaitre les  carcasses où elles avaient reposées triomphalement pour en être finalement déchues. La mine déconfite, elle se dandinait de gêne sur son banc, ne sachant plus quelle attitude adopter. Se retournant pour observer la réaction des visiteurs, elle ne pu ignorer le regard méprisant que lui adressa une cliente de longue date. Sans même l’entendre de vive voix, elle arrivait très bien à lire sur son visage. Qu’attendez-vous pour le faire sortir ? Qu’il fasse déguerpir le reste des visiteurs ? Semblait-il dire.

Et en faisant à nouveau face à l’individu, elle ne pu s’empêcher de le prendre en pitié, à le voir la tête basse, les gestes de ses mains trahissant sa nervosité. « Ne vous excusez pas, il n’est marqué nul part qu’il est interdit de revêtir des ailes dans une galerie. » Un petit sourire de réconfort accompagnait ses paroles, voulant lui faire comprendre qu’il n’était pas seul contre tous.
« Même s’il faut admettre qu’il est assez incongru de voir une personne habillée de votre façon monsieur …  Monsieur ? » demanda-t-elle alors, se rendant compte qu’elle ne connaissait absolument pas son nom. Pour la première fois, la vente d’une œuvre n’était pas au cœur de son esprit, remplacée cette fois-ci par l’envie d’en apprendre un peu plus sur lui.
« Pardonnez moi si vous jugez ma question trop personnelle, mais je dois vous avouer que vous êtes une personne assez intrigante et je voulais savoir… » Elle s’arrêta, le temps de chercher ses mots, ses yeux fixaient les dépouilles de plumes échouées au sol. Comme une personne qui aurait une confidence à faire à une autre, elle se déplaça du banc pour se rapprocher de lui, avant de lui demander : « Tous les jours je vous aperçois vous asseoir devant ce tableau. Puis-je vous demander la raison de cette routine  ? »
©junne.
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé

MessageSujet: Re: Embrasser les chimères – Uddina   

Revenir en haut Aller en bas
 

Embrasser les chimères – Uddina

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» Ce qui ne peut être évité, il faut l'embrasser.
» Le Murmure des Chimères
» [TERMINÉ ] Episode n°3 : Parler, soigner, embrasser [ A & P ]
» Fin du rp : Qu'attends-tu pour m'embrasser bordel ? {OK}
» Les Chimères

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Ostrov Island :: Ostrov Island - Outside :: The Other Side-