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 Enfin Hadès sortit de son antre infernal ♖ feat Uddi

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PILULES AVALÉES : 1344
MIROIR : carey mulligan
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CRÉDITS : Mischief Insane
A DÉBARQUÉ LE : 26/09/2016
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SITUATION : Esprit plongé dans un océan d'incertitudes et d'amers souvenirs aujourd'hui consumés.
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Nirina Vespucci

MessageSujet: Enfin Hadès sortit de son antre infernal ♖ feat Uddi   Dim 28 Mai - 0:53

Enfin Hadès sortit de son antre infernal
“Craignez, seigneur, craignez que le ciel rigoureux ne vous haïsse assez pour exaucer vos voeux !” Phèdre, Racine

Le tic tac monotone de l’horloge murale battait à l’unisson avec le clic du stylo rétractable, à mesure que le pouce de Nirina appuyait sur le bouton comme un chef de partition qui menait la cadence de son orchestre. La jeune femme parcourait l’inlassable torrent de mots qui défilaient sous ses yeux sans même prendre le temps ni de lire ni d’assimiler l’histoire que ces mots daignaient lui raconter. La couleur vert olive du dossier lui rappelait le chèvrefeuille et une envie irrépressible de sortir dans le parc pour se gorger de cette odeur douce et sucrée comme du miel lui serra l’estomac sous l’effet de la frustration, alors qu’elle était prisonnière de son fauteuil au cuir rongé par le temps. La conversation qui avait eu lieu quelques heures plus tôt au secrétariat lui restait encore en travers de la gorge, telle une arête indésirable qui aurait décidé d’élire domicile dans son gosier sans volonté d’en être délogé.

Flashback:
 

Un premier bruit sec de personne toquant à la porte la fit relever le nez de son dossier et en regardant les aiguilles de son horloge réunies sur le deux et le douze, elle en déduisit que le patient était probablement arrivé. Son regard se porta ensuite en direction de la fenêtre qui affichait un ciel bleu, pendant qu’un second toc toc plus insistant se fit entendre. En réponse elle se contenta juste de lever les yeux au ciel. Elle saturait de cette stupide administration incapable de gérer les plannings de chacun, l’obligeant à rester clouée sur son fauteuil alors qu’elle rêvait de sentir les doux et chauds rayons de soleil caresser la peau de son visage. C’est lorsque les coups à la porte se firent encore plus bruyant et brutaux que Nirina consentit à lâcher un « Entrez » d’une voix forte mais sans conviction.

Lorsque le garde entra dans son bureau accompagné du patient, Nirina jaugea ce dernier d’un bref coup d’œil, puis lui désigna du menton la chaise en face d’elle afin qu’il s’y assoit. Elle remercia brièvement le garde avant que celui-ci reparte puis reporta son attention sur le patient pour l’observer plus en détail. Elle lui trouvait un air effronté et insolent, la barbe non rasée, les cheveux qui avaient sérieusement besoin d’un bon coup de peigne et portant des habits complètement dépareillés. Elle ne pouvait se détacher de ces yeux dont la couleur lui rappelait les lacs des contrées arctiques, ces terres hostiles et sauvages dénués de toute humanité, exactement comme la personne à qui appartenait ce regard si impénétrable.

« Je suppose que vous vous demandez pourquoi vous êtes dans mon bureau et non pas celui de Wagner. » finit-elle enfin par lui dire. « Disons que certaines circonstances administratives m’obligent à passer cette heure avec vous. »
Elle avait eu le temps de potasser son dossier, de la psychopathie et de la toxicomanie à Ostrov, c’était tout aussi commun que les colliers de nouilles offerts pour la fête des mères. Mais un problème persistait, elle ne savait pas quelle direction prendre, ni quel but se fixer au cours de cette séance. « Et bien commençons par le commencement Møller, je suis la psychologue Vespucci et pendant une heure il va falloir nous trouver un sujet sur lequel discuter. Des préférences ? » demanda-t-elle alors qu’un sourire poli s’affichait sur sa mine curieuse.
©junne.


Dernière édition par Nirina Vespucci le Mer 7 Juin - 4:11, édité 1 fois
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Uddi D. Møller

MessageSujet: Re: Enfin Hadès sortit de son antre infernal ♖ feat Uddi   Lun 29 Mai - 22:50

Enfin Hadès
Nirina & Uddi
« When our eyes met, I felt that I was growing pale. A curious sensation of terror came over me. I knew that I had come face to face with someone whose mere personality was so fascinating that, if I allowed it to do so, it would absorb my whole nature, my whole soul, my very art itself. I did not want any external influence in my life. » ▬ Oscar Wilde, The Picture of Dorian Gray

On voyait le Soleil agiter ses cheveux comme une petite fille aux longues et abondantes tresses qu'on aurait noyée dans la baignoire. Les rayons flottaient à la surface du ciel tout en suivant les ondulations des vagues du vent. Je serrais mes poings autour de son cou, autour de sa gorge, je sentais ses muscles paniquer. Je maintenais le Soleil en profondeur, je le faisais mourir sous l’eau pour confondre ses larmes. Il ne pouvait pleurer qu’au large. Je le regardais mourir dans mes yeux aveuglés. Uddi baissa les yeux, vulnérable, confus. S’il ne pouvait pas même combattre le Soleil, comment allait-il être capable de s’emparer de la Lune ? Quelque chose ne tournait pas rond. Il doutait, il s’enfonçait dans un dédale de couloirs imaginaires, dans un dédale de pensées amorphes, dans un inextricable schéma, dans un nervalien brumeux. Il commençait à fermement s'ennuyer. Il tournait en rond dans sa cellule, dans sa tête, il perdait pied et se laissait tomber sur son semblant de lit. Il fermait les yeux très fort, il les frottait, il les rouvrait pour voir danser des points noirs. Il s'asseyait sur le rebord, il regardait la fenêtre, il grattait l'intérieur de ses bras, il essayait de retrouver des aiguilles quelque part, puis il se rappelait qu'il n'était pas chez lui. Il empoignait sa tête, il se sentait comme un air vide de sens.

On l'emmena ailleurs, il se laissa faire. J’essayais toujours de noyer le Soleil et ses milliers de tresses blondes. Je serrais fort sa gorge, j’y mettais tout mon poids, je lui souriais. Le garde tapa deux coups à la porte. On ne répondit pas, cela fit sourir Uddi. Le Soleil se vida de son dernier souffle. Le garde continua de taper, de la même façon que moi lorsque je tapais la tête du Soleil au fond de la baignoire. Il imitait mes mouvement, ma brusquerie. « Un peu de patience, voyons. » Uddi reçu un regard noir en guise de réponse, qu'il accueillit avec un grand sourire. Lorsqu'on daigna enfin demander d'entrer, le garde ouvrit la porte et l'abandonna dans un bureau qui lui était inconnu. Il s'assit distraitement sur le fauteuil qu'on lui avait désigné, puis il rencontra le regard de la femme en face de lui. Il prit peur soudainement, il sursauta presque, mais il apprivoisa cette peur comme s'il la connaissait déjà et il la mis de côté pour l'analyser plus tard. Il observa la psychologue, Vespucci, comme elle l'avait spécifié et ne pipa mot. Elle avait l'air de se confondre avec quelqu'un d'autre, de se cacher derrière un rôle qu'elle avait décidé de négliger. « Bien le bonjour à vous aussi » Il jeta un coup d'oeil dans la pièce. « Et si on ne discutait pas ? Ça n'a pas l'air de vous enchanter plus que ça... — Vous permettez ? » Uddi pointa un stylo et un bloc-note qui trainaient sur la surface plane du bureau, puis il s'en empara sans cérémonie. « On pourrait dessiner, c'est pas une mauvaise idée, ça, hein ? » Il lança un sourire arrogant, mais hésitant, à la jeune femme avant de baisser les yeux sur le papier. Il y gribouilla des motifs bizarres en tapant un rythme discontinu avec son pied.

Dans la baignoire, le Soleil mourait, mais il existait encore dehors, je le voyais à la fenêtre. J'avais étranglé une fillette à sa place, mais je ne m'en voulais pas, elle ressemblait au Soleil, elle était presque lui, il n'y avait pas de grande différence. Uddi allait pouvoir aller chercher la Lune maintenant que l'autre était mort ou peut-être morte. Il releva alors les yeux. Il vint attraper le regard de la psychologue avec le sien et il chercha une raison. Une raison qui pourrait justifier la peur qu'il l'avait surpris plus tôt. Il décida de s'inventer une raison. Il avait eu peur, parce qu'il avait vu briller la Lune. Il ne savait guère qui était le Soleil, mais il avait décidé du rôle qu'obtiendrait la psychologue Vespucci à son égard. Il plissa les yeux et les reposa sur le bloc-note sans grande conviction. « Ne seriez-vous pas la Lune, Miss Vespucci ? »


© Gasmask


Dernière édition par Uddi D. Møller le Ven 2 Juin - 16:25, édité 2 fois
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Nirina Vespucci

MessageSujet: Re: Enfin Hadès sortit de son antre infernal ♖ feat Uddi   Mer 31 Mai - 15:02

Enfin Hadès sortit de son antre infernal
“Craignez, seigneur, craignez que le ciel rigoureux ne vous haïsse assez pour exaucer vos voeux !” Phèdre, Racine

De désagréables picotements lui parcouraient la main, comme si des milliers de fourmis avaient décidé d’en faire leur terrier, picotant, rongeant sa chair pour y creuser leurs tunnels. Alors, Nirina tapotait en rythme ses bouts de doigts contre la surface lisse et dure de son bureau, ses ongles se répercutant contre le bois avec un bruit semblable à un cheval lancé en plein galop. À le regarder, docilement assis sur sa chaise, il ne semblait pas aussi dangereux que le laisser croire son dossier. Mais elle n’était pas dupe, le plus paisible des ruisseaux pouvait se transformer en torrent déchainé si on lui en donnait l’occasion. Il était poli, obéissant, tranquille… Et probablement tout aussi dangereux. Il suffisait de baisser les yeux pour observer ses bras et ainsi pouvoir y lire son histoire, chaque cicatrice laissée au fil des coups de seringues semblait raconter un récit différent de son passé.

Au premier son de sa voix, la jeune femme fut presque captivée par ces intonations graves et rassurantes. C’était comme entendre le doux grondement de tonnerre annonciateur d’une pluie salvatrice pour nous délivrer d’une chaleur suffocante. Cependant, lorsque le patient argua qu’elle n’était pas disposée à discuter avec lui, elle préféra dérober son regard du sien pour tenter de dissimuler le voile de gêne qui traversait ses yeux en cet instant. Cela se voyait-il aussi aisément qu’elle n’était plus que l’ombre d’elle-même ? Aussi ne broncha-t-elle pas lorsqu’il saisit son calepin et un stylo pour y graver des dessins dont il devait être le seul à en trouver une logique. Bien des confrères avant elle, s’étaient essayés aux thérapies par le dessin, à essayer de comprendre ce que l’inconscient des malades voulait faire ressurgir aux moyens d’une simple feuille de papier et un crayon. Une vulgaire perte de temps selon son père. Nirina de son côté, ne s’y était jamais essayé mais voulait-elle vraiment se laisser tenter par cette expérience inédite ? L’envie et la motivation l’avaient abandonné depuis un bout de temps déjà, la laissant seule avec ses sombres pensées et son découragement. Mais son regard accompagnait la pâle main du patient qui glissait le long du papier, laissant derrière elle une traînée de motifs complexes et indéfinis. On eut dit qu’elle dansait. Sa main lui rappelait les patineuses russes qui glissaient le long de la glace sur les calendriers des postes.

« Non, le dessin n’est pas mon fort malheureusement. » répondit-elle en lui lançant un regard à demi-désolé.

Peut-être avait-il finalement raison, peut-être préférait-elle se perdre dans les champs de blés indisciplinés qui parcouraient la tête de son patient plutôt que de discuter. Et peut-être si elle était suffisamment téméraire oserait-elle pénétrer dans ces eaux glacées qui étaient venues soudainement accrocher son regard, deux lacs paisibles où elle pouvait voir son reflet à la surface. Mais en s’y plongeant, ça serait la noyade assurée, elle pouvait presque ressentir la morsure de ces eaux si froides qui tentaient de l’attirer dans leurs noires abîmes, l’enserrant jusqu’à la suffocation. Mais déjà le regard du patient venait à nouveau retrouver la surface blanche du papier et pour Nirina, soustraite à ce regard mortel, se fut comme reprendre une bouffée d’oxygène.

Et puis la vision d’un astre sphérique, drapant les nuits d’un lumineux voile argenté, lui apparu soudainement. Venait-il de lui faire un compliment ou était-ce une moquerie cachée ? Elle n’aurait su le dire. Intriguée, elle pencha la tête sur le côté, l’air pensif face à cette question plutôt incongru.

«  À vous de me le dire, je ressemble à la Lune selon vous ? » demanda-t-elle tout en récupérant le bloc-notes des mains du patient pour analyser les gribouillages confus en essayant de leur donner un sens. « Allez-y Møller dessinez-moi une lune. » Elle fit glisser le bloc dans sa direction, alors qu’elle était gagnée par une pointe d’agacement à l’idée d’être comparé à un astre si poétique et luminescent. Elle qui se voyait plus comme le néant dans lequel évoluait l’Univers.
« Je suis curieuse de voir quels points communs vous pourriez nous trouver. »
©junne.


Dernière édition par Nirina Vespucci le Mer 7 Juin - 4:12, édité 1 fois
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Uddi D. Møller

MessageSujet: Re: Enfin Hadès sortit de son antre infernal ♖ feat Uddi   Sam 3 Juin - 4:18

Enfin Hadès
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« When our eyes met, I felt that I was growing pale. A curious sensation of terror came over me. I knew that I had come face to face with someone whose mere personality was so fascinating that, if I allowed it to do so, it would absorb my whole nature, my whole soul, my very art itself. I did not want any external influence in my life. » ▬ Oscar Wilde, The Picture of Dorian Gray

Maintenant que le Soleil était silencieux, que ce qui s'apparentait à un alter ego s'était tut, Uddi pouvait se concentrer. Il barbouillait le calepin avec des cercles et des traits, des schémas expliquant la naissance des constellations dans le ciel et des graphiques illustrant la mort du Soleil qui venait tout juste de voir son âme le quitter. Il se perdit entre les coups de crayon, le regard en plein milieu de la feuille de papier, le regard ne portant pas attention aux dessins qui l'entourèrent. Uddi ne comprenait pas pourquoi la Lune s'était lovée au creux de l'âme de la femme devant lui. Il avait toujours pensé qu'elle se serait installée dans le ciel, à un endroit un peu plus accessible qu'ici. Les yeux de cette Vespucci étaient difficile à creuser. Il réessaya une autre fois, plongea dans une sorte de cocktail aux airs sucrés, voilé par une mousse homogène qu'il avait du mal à cerner. Il y resta un moment, haussa les épaules lorsque la psychologue l'informa de son incapacité à dessiner. « C'est dommage » Il reprit sa réflexion, toujours plongé dans le regard intriguant de cet être. Il y aperçu encore une fois la Lune, elle hanta ses yeux, puis elle hanta la courbe de son nez, sur laquelle le regard d'Uddi glissa, elle chatouilla de sa lumière les vagues qui définissaient ses lèvres, les yeux gris d'Uddi la suivirent, ne la perdant pas de vue un seul instant. La lumière de la Lune remonta vers les cheveux courts de la psychologue, descendit dans son cou, sur ses épaules. Uddi observa sa danse, fasciné. La Lune vibra même dans sa voix, puis sur ses mains lorsqu'elle reprit le calepin et l'examina. « Ce n'est pas une question de ressemblance. » Ses yeux se frayèrent un chemin sur la ligne des mains de la psychologue lorsqu'elle lui redonna le bloc-note. Ses mains à lui les évitèrent à tout prix, effrayées par la lueur si forte de l'astre lunaire qui glissait sans mégarde sur sa peau. « Impossible, Miss Vespucci. Je ne peux pas dessiner la Lune, ce serait vous dessiner vous et je n'ai jamais fait de portrait avant. »

Il resta immobile quelques instants, puis déposa le stylo sur le bureau et s'empara d'un crayon de papier. Il traça un cercle. « Voici la lune; celle qu'on voit dans le ciel la nuit. » À côté, il gribouilla une fumée sombre puis effaça le centre avec la gomme au bout du crayon, créant une sorte de toute petite lumière dans un amas d'obscurité. « La Lune qui vous habite ressemble à ça. Je pense que c'est une sorte de soleil naissant, mais je ne peux pas qualifier la Lune de Soleil, c'est ridicule. » Il se frotta la nuque pensivement, les yeux passant d'un dessin à l'autre, essayant de comprendre comment une Lune pouvait prendre deux formes distinctes, essayant d'articuler sa pensée clairement pour la livrer à la psychologue. « Difficile de trouver des points communs entre ces deux dessins. Je crois que vous, » Il fit une pause, relevant la tête pour regarder la femme devant lui. « Vous êtes la Lune originelle. » Il fit ensuite retomber son regard sur le dessin et tapota le premier. « Et celle qui hante le ciel en ce moment même est une pâle copie de votre image. » Satisfait de son explication, il fit glisser le calepin sur le bureau et y déposa calmement le crayon. Un sourire fier fit se soulever les coins de sa bouche et un rayon, qui ressemblait bizarrement à un rayon de soleil, fit bouillonner ses iris malicieusement. Uddi croisa ses bras sur son torse pour éviter de les gratter. Sa peau le démangeait comme un coup de soleil depuis que les aiguilles n'y pénétraient plus. Sa mâchoire se crispa à cette pensée, il reporta alors toute son attention sur la Lune dans les yeux de la psychologue Vespucci. Il avait longtemps cherché cette lueur, il avait essayé de la trouver dans des endroits plus sombres, ne serait-ce que pour mieux la repérer. Il avait cherché quelque part au Danemark, puis quelque part ailleurs, il ne se souvenait plus trop où. Il avait cherché dans les aiguilles qui, mon dieu, commençaient à lui manquer plus qu'il ne laissait paraître. Il avait même cherché dans Kaleb, mais il n'avait rien trouvé dans ses yeux à lui.

Il soupira, laissa sa tête partir vers l'arrière pour se déposer sur le haut du dossier. Ses yeux fixèrent le plafond, ses jambes bougèrent légèrement, ses sourcils se froncèrent, puis il ne gigota plus du tout. Il avait presque envie de se lever, de partir, parce qu'il ne voyait pas l'intérêt d'expliquer la Lune à la Lune elle-même. Il ne comprenait même pas ce qu'il se passait entre ces quatre murs. Il avait cherché la Lune, bien. Maintenant qu'elle était là, devant lui, ne devait-il pas s'en emparer ? Il tapa la mesure sur l'un de ses bras avec l'un de ses doigts. Ce monde, tel qu'il est fait, n'est pas supportable. J'ai donc besoin de la lune, ou du bonheur, ou de l'immortalité, de quelque chose qui soit dément peut-être, mais qui ne soit pas de ce monde.


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Nirina Vespucci

MessageSujet: Re: Enfin Hadès sortit de son antre infernal ♖ feat Uddi   Mar 6 Juin - 23:55

Enfin Hadès sortit de son antre infernal
“Craignez, seigneur, craignez que le ciel rigoureux ne vous haïsse assez pour exaucer vos voeux !” Phèdre, Racine

Comme un serpent hypnotisant ses proies pour mieux les engloutir, Møller avait réussi à endormir la méfiance de la jeune femme. A cheval entre le malaise et la fascination, elle voulait comprendre pourquoi son esprit si bien formaté par le dogme paternel, rechignait cette fois-ci  à aller à la rencontre de la folie se cachant derrière le patient assis en face d’elle. Et pourtant, tapie au plus profond de sa conscience clignotait une lueur de mise en garde, pareille au néon d’un vieux panneau de motel décrépi. Nirina savait qu’elle s’aventurait sur une pente dangereuse, une pente où la chute risquait de lui être fatale, sans espoir d’en être secouru. En refusant de le traiter comme tous les autres internés, en faisant abnégation des récits couchés dans son dossier, c’était comme ouvrir la boite de Pandore. Il n’en résulterait que des choses regrettables et du remord.

Elle portait sur cet étrange individu un regard perplexe et songeur, essayant de comprendre là où il voulait en venir. Mais elle avait l’impression d’évoluer dans un monde inondé d’une brume épaisse, l’empêchant d’avoir le moindre repère auquel se raccrocher. Qu’un patient confonde une personne avec la Lune aurait dû l’alerter, cette simple remarque aurait dû lui suffire à le ranger dans la même catégorie que tous ces patients qui débinaient des discours illogiques. Aussi essaya-t-elle de rester le plus neutre possible lorsqu’il lui affirma qu’il ne pouvait dessiner la Lune sans faire son portrait, se contentant seulement d’hocher la tête. Le menton appuyé dans le creux de sa main, son coude posé contre la face du bureau, elle observait la naissance des traits gris acier sous la main de l’homme, cette dernière façonnant un cercle. Elle se concentra encore plus sur le second dessin, et son cœur rata un battement lorsqu’il dessina ce qu’elle croyait être une brume de ténèbres, comme celle dans laquelle elle se trouvait actuellement. Lui avait-il dissimulé des talents de télépathie pour réussir à deviner ses pensées ? Mais déjà, un petit globe éblouissant émergeait de ce sombre brouillard. Elle pouvait presque jurer apercevoir le papier s’illuminer d’un voile argenté. Nirina était captivée par ces mains qui faisaient naître d’envoutantes beautés imagées, elles qui auparavant, avaient probablement dû semer la mort et le chaos.

Une question repassait en bouche dans son esprit, comme un vieux disque rayé. Qui était-il ? Il se dégageait de la bouche de ce Møller, la même poésie que celle façonnée par ses mains, renforçant l’idée qu’il était à part des autres patients. Elle voulait croire qu’il avait réussi à capturer son essence cachée, celle que l’on n’avait jamais réussi à découvrir. Etait-il réellement un simple patient, ou un être mystique dont le seul but était de dévoiler la véritable identité du commun des mortels ? Oui, elle voulait espérer pouvoir se comparer à la grande et céleste Séléné.
« C’est… un magnifique dessin. Vous êtes plutôt doué. » Le carnet reposant désormais sur le bureau, elle dut lutter contre l’envie de le prendre pour l’admirer jusqu’à la fin des temps. Cela se faisait ressentir au plus profond d’elle-même, faisant vibrer chacun des os de son bras, dans un combat acharné contre un esprit qui lui interdisait tout mouvement. Serait-elle au moins capable de jeter ce brouillon après le départ du patient ? Ou alors n’était-elle tout juste pas condamné à garder ce futile papier que son cœur appelait secrètement chef-d’œuvre. « Dommage que vous ayez atterri ici, un talent comme le votre ne demanderait qu’à être exploité. » Ses yeux n’arrivaient plus à se détacher du dessin, s’il était capable de faire naître autant de splendeur et de mystère au moyen d’un simple crayon à papier et d’une feuille blanche… De quoi serait-il capable si on lui donnait l’opportunité d’exprimer tout son génie artistique…« Mais je pense que vous me surestimez, je ne suis pas la Lune. Je ne suis qu’une…» Une insignifiante poussière perdue dans un univers qui n’était plus le sien. Nerveusement, elle se mordit la lèvre inférieure, hésitant plusieurs secondes quant à la fin de sa phrase..« ça n’est pas moi. »

Et comme un besoin latent, ses yeux revinrent se poser sur un Møller qui semblait déconnecté de l’endroit où il se trouvait, sa posture laissant suggérer qu’il était à la fois ici et ailleurs. Il avait rompu le contact, au point de faire apparaitre une larme de frustration dans le cœur de la jeune blonde.  « Møller ! » s’écria-t-elle alors qu’un poing rageur venait s’abattre sur le bois lustré de son bureau, faisant trembler les objets posés dessus, comme secoués par un tremblement de terre. « Arrêtez ça. » Oui, elle voulait qu’il arrête, mais arrêter quoi au juste ? De faire comme s’il était seul dans la pièce ? De la prendre pour ce qu’elle n’était pas ? Ou tout simplement de l’ignorer tout en lui retirant les paroles si plaisantes qu’il avait eu à son égard, lui donnant de l’importance, la valorisant ? Comme un soleil venant darder un de ses fins rayons dans les limbes où elle se trouvait, il lui offrait enfin un repère qu’elle avait tant recherché. Inconsciemment, elle se leva de son bureau pour se diriger vers la fenêtre qu’elle finit par ouvrir, les yeux perdus vers les cimes vertes des arbres environnants. En se concentrant suffisamment, Nirina était quasiment certaine de pouvoir sentir les embruns de la mer, transportés par un vent tiède qui venait glisser le long de sa peau.
« Møller ? » Elle se retourna vers lui, ses doigts triturant machinalement son collier, alors qu’un mince sourire s’affichait sur ses lèvres.
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Uddi D. Møller

MessageSujet: Re: Enfin Hadès sortit de son antre infernal ♖ feat Uddi   Jeu 29 Juin - 19:34

Enfin Hadès
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La Lune ne pouvait pas exister. Dans son monde de terreur et de psychose, Uddi n'avait plus aucune bouée à laquelle s'accrocher. Il avait été englouti depuis longtemps par des vagues inventées, par un monde qui s'était détaché du peu de réel qu'il avait effleuré du bout des doigts. Il avait été traîné dans les fonds marins, enroulé dans le sel irritant de la mer, blessé par les coquillages dont il avait croisé le chemin. Jamais il n'avait vu le moindre espoir se profiler devant lui. Il n’y croyait même plus. Toutes ces choses auxquelles il avait goûté sans s’y accrocher, il ne les voyait plus. Elles étaient quelque part, loin de cette île, peut-être cachées dans les restants du corps qu’il avait laissé pourrir sur le canapé de son salon. Il était mort malgré lui. Il n’était plus qu’une carcasse vide, qu’un corps creux hurlant dans les vents violents de l’esprit qui le hantait.

La Lune ne pouvait pas être là, la Lune ne pouvait pas briller devant lui avec cette lueur. C’était un leurre, un piège, dans lequel il s’était presque laissé tomber. C’était les aiguilles qu’il ne voyait plus qui commençaient à le tromper. Elles dessinaient des lunes partout, avec leurs pointes aiguisées, elles traçaient des chansons et des poèmes sur la peaux, sur l'âme de la psychologue en face de lui. Elles voulaient qu'il succombe, elles voulaient le tirer vers le fond encore une fois, pour s'amuser.

Il se frotta les bras vigoureusement, gratta les cicatrices, voulu y planter ses ongles, déchiqueter sa chair, oublier qu'elles lui faisaient mal. Il commença à voir clair dans leur jeu. Son dessin n’était pas beau. Il puait les mensonges que ces fichues aiguilles lui susurraient. La Lune était mal griffonnée, elle n’était qu'une caricature crachée dans les méandres d'un papier blanc. « Je suis ici pour de très bonnes raisons, Miss Vespucci. » Il est encore plus ou moins calme. Ravagé par des pensées colères. « N'allez pas me faire croire que le destin aurait pu me réserver un plus bel avenir. Il ne m'a jamais vu peintre, il ne m'a jamais vu mari, il ne m'a jamais vu père, » Il ne daigne pas retenir le rire qui s'échappe de sa gorge en une sinistre cascade. « il n'a rien vu d'autre que cette pièce, vous et vos dossiers, et moi et ces exacts mots. Le destin est borné, ce n'est pas dur à deviner. »

La Lune mentait, la Lune n'existait pas. Il l'avait inventée, il en était sûr. La Lune n'aurait pas brillé pour lui. Lui ne méritait que la pénombre qui l'avait dévoré, recraché, puis ravalé. Lui n'avait pas une once de lumière dans ses veines. Tout était clos et noir, comme une chambre aux portes condamnées. Il ne sursauta pas quand la Lune fit trembler son bureau. Il se redressa simplement, les yeux noirs, la mâchoire serrée. Il la regarda planer jusqu'à la fenêtre, il la suivit du regard avant de la suivre pour de bon, de se lever doucement et de faire quelques pas vers elle. « Le Soleil ? Moi ? » Il ne comprenait pas, il ne comprenait plus, ce que la Lune et le Soleil voulaient dire. Tout était brouillon, tout allait de gauche à droite dans un désordre cacophonique. Ses yeux se posaient partout, partout sauf sur elle, effrayés, perdus, énervés. « Non... je l'ai tué... j'ai tué le Soleil... » Le Soleil était mort entre ses mains, depuis longtemps, depuis qu'il avait appris comment faire mal à un autre corps, comme le tordre dans le bon sens pour le faire crever de douleur. Le Soleil, il ne l'avait pas vu depuis ces jours-là, les jours où il aurait dû jouer avec ses peluches, construire des maisons en carton, dessiner des arbres et des fleurs. Les jours où tout était supposé être simple. Les jours où il aurait dû être un enfant.

La Lune le regardait flamber sous sa lumière grise. Elle était traître, elle le mourrait dans son regard argenté, elle le noyait avec ses mains célestes. La Lune le tuait, il avait peur. Dans son regard dansaient des signaux rouges, des clignotants, quelques feux menaçants. « Pourquoi vous faites ça ? » Uddi ne raisonnait plus, il était parti ailleurs, loin de son corps mort, loin de sa tête embrouillée. « Pourquoi vous faites semblant, pourquoi c'est vous ? » La Lune chamboulait les astres dans les yeux de la psychologue. La Lune commençait à s'enfuir, le ton commençait à monter. Peut-être réussirait-il à la capturer. « Qu'est-ce que vous voulez ? » Il fut aussi rapide que la Lune, il l'agrippa et la plaqua contre le mur, le bras appuyé sur sa gorge, les yeux fous, parsemés de terreur. La Lune existait, mais elle mentait. Le Soleil n'existait plus, mais la Lune ne le savait pas. Uddi cherchait dans les yeux de la psychologue. Il regardait si la Lune s'était enfuie, il s'y perdit sans faire demi-tour. « Qui êtes-vous ? »


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Nirina Vespucci

MessageSujet: Re: Enfin Hadès sortit de son antre infernal ♖ feat Uddi   Lun 17 Juil - 22:19

Enfin Hadès sortit de son antre infernal
“Craignez, seigneur, craignez que le ciel rigoureux ne vous haïsse assez pour exaucer vos voeux !” Phèdre, Racine

En sa présence, elle n’arrivait pas à se tenir à son propre rôle, à instaurer l’inlassable même scène qui se jouait tous les jours entre ces murs. Celui de la psychologue et du patient. C’était comme abaisser les frontières qui se dressaient, murs aux pierres grises et froides, agrippant et arrachant la peau comme du papier de verre si l’on s’en approchait de trop, entre le personnel et les patients. Pourquoi n’arrivait-elle pas à orienter cette séance de la même façon qu’avec les autres patients ? Qu’est-ce qui l’empêchait de lui poser des questions sur sa vie, ses troubles, son quotidien à Ostrov ? Pourquoi s’intéressait-elle plus à l’individu qu’au dossier ?

Le regard qu’elle lui jeta était indéfinissable, un mélange entre l’agacement et la pitié. La lueur de mise en garde revenait au pas de course, l’invitant à se méfier, lui susurrant qu’il n’était peut-être pas si différent que ça des autres malades qu’elle avait pu côtoyer. Si le destin avait refusé de le voir peintre, mari ou père, cela sous-entendait que ce même destin était inaltérable et défini dès notre naissance. Et que par conséquent, sa vie misérable et volée par ses parents avait été décidé alors qu’elle se trouvait encore dans les entrailles de sa mère. Pour Nirina, cette idée était à la limite du supportable. Elle essayait de ravaler la colère qui commençait lentement à pénétrer son esprit. Le rire du malade sonnait funestement, pareil au glas de la cloche qui nous annonçait que la Faucheuse avait une nouvelle fois emporté quelqu’un dans sa charrette, les poils de ses bras se dressèrent d’effroi.
“Ce que vous dîtes est aussi stupide que ridicule.” fut sa seule réponse.

Dos à la fenêtre, elle pouvait sentir la morsure ardente du soleil contre sa peau, sa langue brûlante venant lécher le bas de sa nuque jusqu’à la faire griller, chaire couleur zinc qui se transformerait en un paysage roussi et jonché de peaux mortes, si elle s’attardait encore trop longtemps devant cette fenêtre. Cependant, elle n’avait pas prévu ce revirement soudain de la situation, alors qu’elle voyait Uddi s’approcher dangereusement d’elle, comme un fauve traquant le gibier. A la différence que ce prédateur fixait tout ce qui l’entourait, hormis sa proie. Elle sentait sa gorge se serrer d’inquiétude alors qu’il lui annonçait avoir tué le Soleil. Etait-il plongé dans un délire que lui seul comprenait ? Ou le soleil n’était-il pas une métaphore pour désigner l’une de ses victimes ? Nirina avait peur des deux réponses.
“Non Møller attendez....” lui demanda-t-elle d’un ton suppliant. Elle ne voyait plus la personne, elle voyait un brasier tout entier venir fondre sur elle. Elle faillit éclater en sanglot en l’entendant l’accuser de faire semblant, elle était persuadée qu’il avait compris qu’elle n’était qu’une imposture, que son accoutrement de psychologue compétente n’était qu’un costume constitués de pièces rapiécées, qu’il ne trompait personne.
“Je n’ai pas le choix, je suis obligée de le faire.” Complètement terrorisée, les larmes menaçants d’inonder ses longs cils, il lui était impossible de bouger. Son immobilité lui fut fatale, lorsqu’elle sentit son corps s’écraser contre le mur, un bras serré contre sa gorge comprimée et suffocante, empêchant tout apport d’oxygène. Elle pouvait sentir le souffle brûlant du patient contre son visage, il était pareil à des flammes venant calciner sa peau, la faisant fondre comme du plastique.

Par instinct de survie, ses propres bras s’agrippèrent à celui du patient, tentant de le faire céder, ses ongles raclants la chaire pourrie par les trop nombreuses seringues empoisonnées. En vain. Alors ses mains partirent à la recherche d’une autre solution, tâtonnant dans le vide, griffant les meubles alentours, jusqu’à ce que ses doigts effleurent une surface froide et lisse. Sans même la voire, Nirina savait de quoi il s’agissait, sans même la voire, elle arrivait parfaitement à imaginer la silhouette de sa statuette en bronze représentant la Louve du Capitole allaitant Romulus et Rémus. Destinée à décorer son bureau et lui rappeler son Italie natale, cette louve était désormais son seule salut.

Elle laissa ses doigts se promener le long de la bête, caressant ses oreilles, descendant jusqu’au museau, effleurant les contours de sa gueule. Elle repensait à celle qui avait sauvé les bâtisseurs de Rome, celle qui avait été choisi pour représenter la ville où le sang avait longtemps coulé. La louve était Rome, Rome était la Louve. Et le sang était leur liant. La carnassière mourrait de soif, réclamant le liquide chaud et poisseux dont elle s’était longtemps gorgée jusqu’à la chute de Rome la Décadente. Et Nirina s’apprêtait à lui permettre d’étancher sa soif une nouvelle fois. Alors elle empoigna fermement le dos du fauve et de toute ses forces, abattit la statuette sur le crâne de son agresseur, le faisant tomber à la renverse. Le bruit écoeurant et sourd du bronze contre l’os résonna dans toute la pièce. Et puis se fut comme si le temps s’était arrêté, les aiguilles de l’horloge figées dans leur cadran. La jeune femme baissa les yeux vers sa figurine, un filet de sang venait rehausser la couleur du bronze métallique, traçant des sillons écarlates jusqu’à se déverser dans la gueule de la louve pour ensuite retomber en fine gouttelettes sur le parquet massif.


Tout en étant incapable d’en trouver la raison, Nirina était partagé entre la déception et la tristesse. Elle qui avait refusé de se méfier de lui, elle se rendait compte avec regret qu’il n’était qu’un patient parmi tant d’autres. Aussi commun que violent. Aussi insignifiant que décevant..
“Qui je suis ? Tous les matins je me lève en me posant cette question.” s’écria la psychologue alors que la colère s’emparait d’elle. “Vous l’avez dit vous-même pauvre idiot, je suis la Lune. ” continua-t-elle sur un ton ironique, la main toujours crispée sur la figurine en bronze. “Sauf que votre lune est creuse, vide et qu’elle ne brille pour personne.” Elle n’arrivait pas à le cerner et cela ne faisait que renforcer son animosité envers lui, plus que de la colère, elle lui en voulait. Quel gâchis pensa-t-elle. Lui qui avait si bien su commencé, qui lui avait permis d’oublier ne serait-ce qu’un instant qu’ils étaient dans un hôpital psychiatrique, la faisant voyager avec lui à travers des tourbillons d’arabesques, lui qui avait su la charmer par ses mots si plaisants, voilà qu’après lui avoir permis de s’envoler au loin, il venait de l’abattre en lui arrachant les ailes, la forçant à s’écraser sur le dur et sinistre sol des réalités. Poète rêveur peut-être, mais un malade avant tout. Nirina se sentait trahie, elle lui semblait que tous se dressaient contre elle.
“Et je vous déconseille fortement de la contrarier, sans quoi elle serait bien capable de plonger vos nuits dans des ténèbres aussi glaciales et décharnées que votre cœur.”
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Uddi D. Møller

MessageSujet: Re: Enfin Hadès sortit de son antre infernal ♖ feat Uddi   Mer 16 Aoû - 20:08

Enfin Hadès
Uddina
« When our eyes met, I felt that I was growing pale. A curious sensation of terror came over me. I knew that I had come face to face with someone whose mere personality was so fascinating that, if I allowed it to do so, it would absorb my whole nature, my whole soul, my very art itself. I did not want any external influence in my life. » ▬ Oscar Wilde, The Picture of Dorian Gray

Il crut pendant un moment qu’il allait finir par la tuer. Que le monde qu’il avait construit dans sa tête allait basculer et tomber lourdement par terre comme son corps à elle. S’il avait appuyé plus fort, il aurait peut-être pu s’en échapper. Éviter de finir par terre, lui aussi, comme la possibilité qui avait filé entre ses doigts. Il crut pendant un moment que la Lune était vraiment là, dans ses yeux à elle, qu’elle était là pour lui, qu’il fallait qu’il l’attrape avant qu’elle ne s’envole. Il crut pendant un moment qu’il était tout puissant face à elle, que le Soleil éteint ne pouvait que faire s’abaisser sa méfiance. Mais il aurait été plus intelligent de faire face à la Lune avec la lueur du Soleil, en jouant au travers les rayons, en dessinant une attraction magnétique, un champ vibrant sous le souffle des bulles de feu que le Soleil soufflait. La Lune avait vu clair dans son manège piètrement monté. La Lune l’avait trompé, il était tombé dans le piège de celui qui faisait trop attention. Il avait voulu suivre le moindre de ses mouvements, l’épier encore un peu avant de la posséder, de refermer ses griffes contre son cou. Il avait observé trop longuement la lueur qui l’avait ébloui. La joue contre le tapis, il comprit qu’il ne pouvait que difficilement cligner des yeux. Il entendait le sang tomber par terre en un horrible son amplifié, grondant dans ses oreilles comme un grand tonnerre. Il sentait sur son crâne l’éclat sanglant de l’objet qui a tapé trop fort. Son souffle fourmillait irrégulièrement dans sa bouche. Il comprit qu’il n’était rien face à elle.

Quand il eut repris ses esprits, qui s’étaient baladés un instant avant de revenir cogner contre sa tête, il se retourna lourdement, s’appuya sur ses coudes, les jambes repliées pour servir à son équilibre. La psychologue était là, louve à la main, maîtresse des chiens des Enfers, debout devant lui. Ses mots crachés n’atteignaient pas Uddi. Il avait longtemps appris à ne s’écouter que lui-même. Il n’écoutait plus, désormais, il n’écouterait plus rien. Il ignorerait la Lune jusqu’à ce qu’elle disparaisse complètement de son esprit. Il n’allait plus l’avoir dans la tête. Il allait l’ignorer tellement fort que le voir tomber à ses pieds ne suffirait plus. La Lune allait vouloir le chasser, gruger tout son être. Les rôles allaient s’inverser, la Lune voyait son piège se retourner vers elle.

« Vous mentez. Vous ne vous en rendez même pas compte. » Le sang avait coulé sur sa tempe et sur sa paupière. Il la regardait, les yeux mauvais, l’air dégoûté, le sourire aux lèvres. « Vous n’êtes qu’un mensonge, Vespucci. Vous essayez de vous convaincre, mais vous n’êtes rien. C’est moi qui vous ai appelée Lune, mais vous… vous ne me croyez pas. Vous ne savez même pas qui vous êtes. » Elle avait l’air toute puissante, debout devant lui, armée de sa louve et du sang qui en coulait. Mais elle ne savait pas comment jouer le jeu, elle ne pouvait pas interpréter la Lune, la Lune l’avait délaissée, la Lune l’avait laissée toute seule dans son petit corps après avoir frappé un grand coup. La Lune n’était pas dupe, elle s’était enfuie maintenant. Loin de ce bureau, loin de la psychologue et loin d’Uddi. Sans la Lune qui hantait ses yeux, la psychologue Vespucci n’était rien qu’une psychologue comme une autre. Uddi ne pouvait se méprendre.

Il avait autrefois vu la Lune dans les yeux morts d’un cadavre. Il avait ramené ce cadavre chez lui, dans la nuit orageuse qui grondait au-dessus. La Lune n’était pas dans le ciel, alors elle était ailleurs, dans les yeux du corps morts de cette bête morte, dans l’éclat vitreux et blanc que lui renvoyaient ces pupilles dilatées. Digby s’était empressé de déposer le corps sur son canapé. Il l’avait observé pourrir, renaître de sa décomposition, paître sur le cuir mousseux, mourir une deuxième fois pour voir le jour. Digby avait planté des aiguilles dans les bras du mort, dans les bras de Kaleb, dans ses bras à lui. Il avait partagé les sangs, il s’était imaginé alchimiste. La Lune n’était restée que quelques jours au bord des paupières du cadavre. Elle s’était enfuie, ensuite, puis Digby avait ordonné à Kaleb de crever ces yeux morts, sans vie, sans Lune. Il avait laissé le cadavre ici, il avait espéré pouvoir voir revenir l’Astre, pas seulement dans le ciel, mais sur le bord des lèvres de quelconque corps humain. Mort, vivant, enterré, décomposé, squelette. Digby avait assez attendu. C’était au tour de la Lune d’attendre. D’attendre de pouvoir l’attirer à nouveau à lui, d’attendre de pouvoir à nouveau le voir à ses pieds. Elle allait l’attendre parce qu’elle était obsédée comme lui l’avait été.

Il ne bougeait pas, sonné encore par le coup derrière son crâne. Il était sur ses gardes, comme un chien abattu. La louve le fixait de son œil singulier, la gueule entrouverte, comme sa bouche à lui. Il la fixait lui aussi, arrogant, la langue joueuse sur le bord de ses dents. « Vous n’êtes rien, Vespucci, rassurez-vous. La Lune a quitté chaque parcelle de votre être. Elle n’est pas sur le bord de vos lèvres, elle n’est pas cachée dans vos yeux, elle n’est pas feutrée sur votre peau. Vous l’avez perdue. Vous l’avez peut-être tuée. Je vous comprendrais, vous savez, moi j’ai bien tué le Soleil. »


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